À Loos, près de Lille, la silhouette familière de la tour Kennedy n’est plus. Hier dimanche 20 juillet à 11h précises, 800 kilos d’explosifs ont réduit à néant les 95 mètres de béton de ce symbole des grands ensembles, le plus haut immeuble d’habitation au nord de Paris. En quelques secondes, 28 étages se sont affaissés sur eux-mêmes, dans un grondement sec et définitif. Édifiée à la fin des années 60, la tour dominait la ville et ses alentours. Visible à des kilomètres, elle incarnait l’élan urbanistique d’une époque tournée vers la verticalité et la densification. Mais avec le temps, la façade s’est fissurée, les accès sont devenus obsolètes, et l’entretien a fini par coûter plus cher que les loyers qu’elle abritait. Depuis les années 1990, la Kennedy n’était plus qu’un géant vieillissant, hors d’âge.
Un choc visuel et émotionnel
À 6 heures du matin, 1 500 habitants des environs ont été évacués. Dans le périmètre de sécurité, les anciens résidents étaient nombreux à assister à la scène, les yeux embués. Parmi eux, Christine Wydock, autrefois locataire des lieux, n’a pas pu retenir son émotion. « C’est mes souvenirs qui s’en vont. Je ne pensais pas que ça m’aurait fait mal », confie-t-elle, la voix brisée. Car au-delà de la structure, c’est un pan de mémoire collective qui s’effondre. La tour Kennedy abritait des centaines de vies, des familles entières, des enfances, des départs, des retours. Elle appartenait à ces lieux anonymes devenus repères, dont la disparition laisse un vide inattendu. Le bailleur Partenord Habitat, propriétaire de l’immeuble, a relogé l’ensemble des habitants avant la démolition. La zone sera réaménagée dans le cadre d’un vaste projet urbain destiné à repenser le logement social de manière plus humaine et mieux intégrée. Mais pour beaucoup, le paysage de Loos ne sera plus jamais le même.
