C’est un projet aussi ambitieux qu’inhabituel. À Sainte-Honorine-la-Chardonne, dans l’Orne, Eveline et Dolph Bierman, un couple néerlandais passionné de patrimoine, s’acharnent à rénover le château de la Poupelière. Cette vaste demeure au passé sulfureux, jadis propriété du célèbre criminel britannique John Palmer, alias « Goldfinger », devait devenir un domaine de vacances et de mariages. Mais aujourd’hui, les Bierman se retrouvent à l’arrêt, étranglés par un mur de refus bancaires. Depuis leur arrivée en France, ils ont déjà injecté 800 000 euros dans l’aventure, dont 100 000 pour les premiers travaux. Le projet prévoit à terme une vingtaine de logements locatifs, une salle de réception et des activités pour les familles. Sur le papier, l’idée séduit. En réalité, les fonds manquent. « On pensait que ce serait bon. On a cru qu’un tel site attirerait facilement les financements, mais les banques françaises refusent en bloc », expliquent-ils, incrédules. Aux Pays-Bas, affirment-ils, une telle rénovation n’aurait posé aucun problème.
Un rêve en suspens, mais pas abandonné
Malgré des demandes déjà formulées pour des mariages, des débuts prometteurs et des perspectives d’emplois sur place, rien ne bouge. Les Bierman n’envisagent pas pour autant de tout laisser tomber. Ils multiplient les pistes : subventions, partenariats, levées de fonds. « On est ouverts à toutes les propositions, même à des petits actionnaires. Mais on ne veut pas perdre le contrôle du projet », insistent-ils. Leur rêve, ils l’imaginent comme un cercle vertueux : l’autofinancement grâce à l’hébergement, l’événementiel et l’emploi local. Mais pour cela, encore faut-il franchir le prochain palier. « On ne peut pas sortir de l’argent indéfiniment. Et avec quatre enfants à la maison, l’hiver ici, ce n’est pas toujours facile », confie Eveline. Malgré les doutes, la flamme reste vive. « C’est notre passion. Et comme on dit chez nous : il faut avoir le souffle très long. » Dans cette Orne rurale, un château lié à la pègre britannique pourrait devenir le théâtre d’une reconversion familiale, à condition que quelqu’un tende la main avant que le souffle ne s’épuise.
