Un square, un ex-petit ami, et un piège minutieusement tendu. Le 15 juin 2024, Anne (prénom modifié), 12 ans, est séquestrée, insultée, frappée et violée à Courbevoie par trois adolescents qui lui reprochent d’avoir caché qu’elle était juive. Un an plus tard, les trois garçons âgés de 13 et 14 ans seront jugés à huis clos devant le tribunal pour enfants de Nanterre pour une série de violences d’une rare intensité, marquées par un antismétisme brutal et revendiqué. Le calvaire d’Anne a duré 54 minutes. D’abord prise à partie par son ancien petit copain, Tiago, puis rejointe par deux autres adolescents, Dylan et Rayan, la jeune fille est poussée vers une crèche désaffectée. Là, les insultes antismétiques fusent, les menaces s’enchaînent, les coups pleuvent. Un interrogatoire idéologique précède des violences sexuelles répétées. Dylan et Rayan sont poursuivis pour viol en réunion aggravé, tentative d’extorsion, injures et menaces de mort. Tiago, instigateur du guet-apens, est jugé pour complicité.
Une mécanique de haine chez des enfants très jeunes
Les expertises ont confirmé les viols, les vidéos, les humiliations. Elles ont aussi révélé des parcours fracassés : violences familiales, agressions sexuelles subies, errances scolaires. Mais aucun trouble psychiatrique ne leur a été reconnu. Les trois adolescents encourent jusqu’à dix ans de détention, à l’exception de Tiago, âgé de moins de 13 ans au moment des faits et donc pénalement irresponsable. Pour Anne, qui a depuis changé d’école, déménagé et arrêté la gymnastique, le traumatisme reste vif. Le procès, prévu sur trois jours à partir du 11 juin, sera pour elle une confrontation essentielle. Non seulement pour faire entendre sa vérité, mais aussi pour rappeler qu’à 12 ans, on peut être victime d’un crime d’une violence inouïe. Parce qu’on est une fille. Et parce qu’on est juive.
