Près de 500 professionnels de santé pourraient être concernés par une affaire embarrassante au Luxembourg. La DTMD, pour Digital Technologies in Medicine and Dentistry, proposait depuis plusieurs années des formations postuniversitaires dans des domaines comme l’orthodontie, la parodontologie ou l’implantologie. Certains cursus étaient facturés jusqu’à 31 000 euros et présentés comme permettant d’obtenir un « Master of Science ». Problème : l’établissement n’était pas reconnu comme une institution d’enseignement supérieur habilitée à délivrer officiellement des grades universitaires au Luxembourg.
La situation ne signifie pas pour autant que les personnes concernées auraient exercé illégalement comme dentistes. Une grande partie d’entre elles étaient déjà chirurgiens-dentistes diplômés avant d’intégrer ces formations. Le litige porte sur la valeur académique des spécialisations supplémentaires qu’elles pensaient obtenir. Plusieurs étudiants ont suivi les cours pendant plusieurs semestres, parfois tout en poursuivant leur activité professionnelle, avant de découvrir que le titre délivré ne bénéficiait pas de la reconnaissance attendue.
Jusqu’à 31 000 euros engagés pour une formation de plusieurs semestres
Le cas d’un chirurgien-dentiste allemand illustre le coût du dispositif. Inscrit début 2025 à un cursus en orthodontie prévu sur quatre semestres, il devait débourser 31 000 euros. D’autres formations proposées par l’établissement coûtaient autour de 26 000 euros. Au-delà des frais d’inscription, les étudiants ont parfois engagé des dépenses de transport et d’hébergement pour suivre des enseignements organisés dans plusieurs pays européens. Pour certains, le préjudice porte donc autant sur l’argent versé que sur le temps consacré à une qualification qui ne peut finalement pas être présentée comme un diplôme universitaire reconnu.
Le statut de la DTMD est au cœur de l’affaire. L’établissement disposait d’une autorisation lui permettant de proposer de la formation professionnelle continue, mais pas de délivrer des bachelors, masters ou doctorats reconnus par l’État luxembourgeois. Les autorités avaient commencé à s’interroger sur ses activités dès 2020. La législation a ensuite été renforcée et, à partir du 15 septembre 2023, la DTMD ne pouvait plus se présenter comme une université. Des interrogations subsistent désormais sur la manière dont certains titres ont continué à être proposés après cette date.
Les autorités luxembourgeoises saisissent la justice
Le dossier a finalement pris une dimension judiciaire. Après plusieurs échanges entre l’établissement et le ministère luxembourgeois de l’Enseignement supérieur, une plainte a été transmise au parquet en avril 2026. Les autorités ont notamment été alertées par le signalement d’une étudiante. L’affaire soulève également des questions sur les accréditations privées mises en avant auprès des candidats. Une certification ou une accréditation délivrée par un organisme spécialisé peut donner une apparence de légitimité à une formation, mais elle ne remplace pas nécessairement la reconnaissance officielle d’un diplôme par l’État.
La situation financière de l’établissement accroît encore l’incertitude pour les étudiants. Une procédure d’insolvabilité a été évoquée par un responsable de la DTMD durant l’été 2026, tandis que certains inscrits auraient été invités à suspendre leurs paiements. La possibilité de récupérer les sommes engagées demeure donc incertaine. Cette affaire met surtout en lumière les risques liés aux formations privées très coûteuses et internationales : avant de s’inscrire, les candidats doivent vérifier non seulement la réputation de l’école, mais aussi son habilitation officielle à délivrer le diplôme annoncé et la reconnaissance juridique exacte du titre dans le pays où ils souhaitent l’utiliser.

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