Shein mise sur la Pologne pour livrer l'Europe plus vite
Shein mise sur la Pologne pour livrer l'Europe plus vite


Fin décembre, Shein a discrètement posé un jalon lourd dans le paysage européen: un hub logistique géant de 740 000 m² près de Wroclaw, dans le sud-ouest de la Pologne. Un site à la taille d’une petite ville, bardé de lignes de tri automatisées, pensé pour nourrir les livraisons sur tout le continent. L’objectif affiché est clair, réduire les délais et servir une base qui dépasse les 100 millions de clients européens. L’ultra fast-fashion, elle, ne prend pas le train, elle file sur tapis roulant.

Dans le même mouvement, le groupe a resserré son dispositif: fermeture annoncée de son site plus modeste de Stradella, en Italie, et transfert des activités vers la Pologne. Le choix n’a rien d’un hasard: position centrale, frontières allemande et tchèque à portée de route et un coût du travail encore inférieur à celui de plusieurs pays d’Europe de l’Ouest. Shein parle de « localisation » de sa chaîne logistique, avec des flux mieux tenus, du tri sur place et même une part des retours gérés plus près du client final, histoire de gagner du temps et de limiter les frictions.

Un entrepôt, des camions et la bataille des colis

Côté français, l’installation fait grincer des dents. Yann Rivoallan, président de la Fédération française du prêt-à-porter féminin, y voit un moyen de « massifier » l’entrée des produits en Europe: des marchandises arrivant en gros depuis la Chine, puis redistribuées par la route à l’échelle européenne, avec des droits de douane payés une seule fois à l’entrée dans l’Union. Dans son viseur, l’idée que cette organisation puisse aider à amortir, voire contourner, la nouvelle taxation ciblant les petits colis, au moment où le secteur traditionnel accuse le coup face à des prix toujours plus bas.

Cette taxe, entrée en vigueur début mars en France, concerne les envois de moins de 150 euros importés dans l’Union européenne, avec 2 euros par article. Shein rejette l’accusation de contournement et présente le hub polonais comme un investissement industriel de long terme, une brique de stabilité dans une activité réputée volatile. Reste que le calendrier n’est pas neutre: la pression politique et réglementaire monte en France et dans l’UE sur l’ultra fast-fashion, entre contrôles de conformité, critiques environnementales et débat autour de la proposition de loi dite « anti fast-fashion », avec une Europe qui semble décidée à reprendre la main sur ce qui entre, comment et à quel prix.

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