Coup de frein pour ExxonMobil en début d’année. Le géant pétrolier américain affiche un chiffre d’affaires de 85,14 milliards de dollars au premier trimestre, en hausse de 2,42% sur un an et au-delà des attentes du marché. Pourtant, le bénéfice net, lui, s’est nettement tassé: 4,18 milliards de dollars, contre 7,71 milliards un an plus tôt, soit une chute de 45,78%. Sur les écrans, le contraste surprend toujours: les ventes tiennent, le profit recule. C’est le genre de paradoxe qui rappelle au lecteur que dans l’énergie, le résultat se joue autant dans les tuyaux que dans les lignes comptables.
Car ExxonMobil pointe d’abord des « effets de calendrier » qui ont pesé pour 3,9 milliards de dollars, liés au décalage entre la vente de produits et leur livraison, notamment sur les marchés de dérivés. Un trou d’air, dit le groupe, appelé à se résorber « au fil du temps ». Autre caillou dans la chaussure: 700 millions de dollars de pertes sur des contrats à terme restés lettre morte depuis fin février, la crise au Moyen-Orient ayant bousculé les scénarios. Hors ces éléments exceptionnels, le bénéfice net grimpe à 8,8 milliards, signe qu’il y a bien un moteur qui tourne derrière la fumée.
Entre comptabilité et géopolitique, le pétrole ne fait pas tout
Sur une base plus suivie par les marchés, le bénéfice par action ressort à 1,16 dollar contre 1,76 dollar un an plus tôt, mais au-dessus des anticipations. Sans l’effet de calendrier défavorable, il aurait atteint 2,09 dollars, de quoi nourrir l’argumentaire maison. « Ce trimestre démontre qu’ExxonMobil est une entreprise fondamentalement plus solide qu’il y a seulement quelques années », assure Darren Woods, le PDG, qui insiste aussi sur « l’importance de produits énergétiques fiables et à prix abordables » dans un contexte de tensions. À Wall Street, l’action progressait légèrement dans les échanges électroniques avant l’ouverture, preuve que les investisseurs regardent souvent au-delà de la photo, vers le film.
Reste que la géopolitique ne se contente pas de faire bouger les cours, elle bouscule la logistique. ExxonMobil dit avoir « optimisé sa chaîne de livraisons » en changeant ses routes d’approvisionnement, orientant notamment en mars environ 13 millions de barils des États-Unis vers l’Asie-Pacifique, l’équivalent de trois semaines de production de sa raffinerie à Singapour. Le groupe évoque aussi l’impact d’une fermeture du détroit d’Ormuz qui amputerait la production quotidienne au deuxième trimestre, avec un objectif situé entre 4,1 et 4,3 millions de barils par jour. La suite se jouera sur ce fil: des routes maritimes plus longues, des primes de risque qui montent et, derrière, une question de fond pour toute l’industrie, celle de la capacité à encaisser des chocs devenus presque routiniers.
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