Daniel Bernard, ancien PDG de Carrefour et figure historique de la grande distribution française, est mort dans la nuit du 4 au 5 août 2026 à l’âge de 80 ans. Il souffrait depuis plusieurs années d’une longue maladie. À la tête du groupe pendant une période décisive, il avait accéléré son expansion internationale et conduit la fusion avec Promodès, faisant de Carrefour le deuxième distributeur mondial derrière Walmart.
Un dirigeant formé sur le terrain de la grande distribution
Issu d’une famille modeste du Nord et diplômé de HEC en 1969, Daniel Bernard avait effectué l’essentiel de sa carrière dans le commerce. Après des débuts chez Socam Miniprix, il avait travaillé pour plusieurs enseignes, dont Mammouth et Delta, avant de rejoindre le groupe allemand Metro. Il avait notamment dirigé Metro France puis occupé des responsabilités internationales au sein du groupe. Daniel Bernard avait rejoint Carrefour en 1992 comme directeur général et président du directoire. Il avait alors recentré l’entreprise sur son activité principale et mis fin à plusieurs diversifications. En 1998, il était devenu président-directeur général du groupe.
La fusion avec Promodès fait basculer Carrefour dans une nouvelle dimension
Sous sa direction, Carrefour avait fortement accéléré son implantation hors de France. Le groupe s’était développé en Europe, en Amérique latine et en Asie, avec l’ambition de rivaliser avec les plus grandes enseignes mondiales. Le tournant décisif avait eu lieu en 1999 avec la fusion entre Carrefour et Promodès, propriétaire notamment des enseignes Continent, Champion, Shopi et 8 à Huit. Cette opération avait donné naissance au premier distributeur européen et au deuxième groupe mondial du secteur derrière l’américain Walmart. Daniel Bernard avait également développé les « filières qualité Carrefour », fondées sur des accords de longue durée avec les producteurs agricoles. Ce dispositif devait garantir la qualité et la traçabilité des produits tout en établissant des relations plus durables entre le distributeur et le monde agricole.
Une éviction brutale après 13 ans à la tête du groupe
Malgré les succès obtenus à l’étranger, la situation de Carrefour en France s’était progressivement détériorée. Les hypermarchés français perdaient des parts de marché, les résultats reculaient et le cours de l’action avait fortement chuté. Daniel Bernard avait finalement été écarté en février 2005, après 13 ans passés aux commandes de Carrefour et 7 ans comme PDG. Les conditions financières de son départ avaient provoqué une vive polémique, notamment autour d’une retraite supplémentaire estimée à 1,2 million d’euros par an. Son versement avait ensuite été annulé par la justice. Un proche de sa famille a assuré après sa mort qu’il n’avait touché aucune somme au titre de cette retraite.
Une carrière poursuivie chez Kingfisher et au Moyen-Orient
Après son départ de Carrefour, Daniel Bernard était resté très actif dans le monde des affaires. Il avait présidé Kingfisher, le groupe britannique propriétaire de Castorama, ainsi que Majid Al Futtaim Retail, basé à Dubaï et partenaire de Carrefour dans plusieurs pays du Moyen-Orient. Il avait également siégé dans les conseils d’administration de plusieurs grandes entreprises, dont Capgemini. Président de la Fondation HEC entre 2008 et 2014, il avait participé à une campagne de financement de 100 millions d’euros destinée au développement de l’école. Il était ensuite devenu président d’honneur de la fondation. À travers sa société d’investissement et de conseil Provestis, Daniel Bernard continuait par ailleurs à accompagner de jeunes entrepreneurs. Passionné de jardinage et d’opéra, il était décrit par ses proches comme un homme de conviction, profondément attaché à la transmission.
Alexandre Bompard salue « un bâtisseur » et « un visionnaire »
L’actuel PDG de Carrefour, Alexandre Bompard, a rendu hommage à un « géant parmi les géants de la distribution mondiale ». Il a décrit Daniel Bernard comme « un bâtisseur », « un conquérant » et « un visionnaire », doté d’un goût prononcé pour le terrain et les détails. Daniel Bernard laisse derrière lui l’image du dirigeant qui aura fait changer Carrefour de dimension. En conduisant l’internationalisation du groupe et son rapprochement historique avec Promodès, il aura durablement marqué l’histoire de la grande distribution française et mondiale.
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