Deux grands groupes français s’associent pour développer une nouvelle filière énergétique destinée au transport maritime. CMA CGM et Engie ont annoncé, mardi 13 octobre 2026, la signature d’un accord-cadre portant sur la construction d’une unité de production de biométhane dans la zone industrialo-portuaire du Havre. Cette installation doit permettre de fournir un carburant renouvelable à une partie de la flotte de l’armateur français, engagé depuis plusieurs années dans la réduction de ses émissions de gaz à effet de serre. L’entrée en service est envisagée à partir de 2029, sous réserve de la réalisation des différentes étapes industrielles et réglementaires. Le projet s’inscrit dans une stratégie plus large de diversification des carburants utilisés par les navires de commerce.
L’installation, qui sera développée par Engie, doit produire environ 7 000 tonnes de biométhane par an, soit l’équivalent de 100 gigawattheures d’énergie. Ce gaz renouvelable sera notamment obtenu à partir de déchets agricoles, d’effluents d’élevage et de biodéchets. Il pourra être utilisé par les navires de CMA CGM fonctionnant déjà au gaz naturel liquéfié, sans nécessiter de transformation majeure de leurs moteurs. Selon les estimations communiquées par les entreprises, la production prévue permettrait d’éviter environ 23 000 tonnes d’émissions de dioxyde de carbone chaque année. Le biométhane présenterait également une réduction d’au moins 67 % des émissions de gaz à effet de serre sur l’ensemble de son cycle de vie par rapport au carburant fossile de référence.
Le Havre veut devenir un pôle stratégique des carburants alternatifs
Le choix du port du Havre répond à plusieurs objectifs industriels et logistiques. Cette zone constitue l’un des principaux pôles portuaires français et concentre déjà de nombreuses activités énergétiques. L’implantation d’une installation de production de biométhane doit permettre de rapprocher la fabrication du carburant de ses utilisateurs, tout en valorisant des ressources provenant notamment du secteur agricole. Le projet prévoit également la production de digestat, un résidu issu de la méthanisation pouvant être utilisé comme fertilisant. Les entreprises entendent ainsi développer une activité combinant approvisionnement énergétique et valorisation de déchets organiques. Engie devra cependant obtenir les autorisations nécessaires avant de pouvoir engager la construction de l’installation.
Cette initiative illustre les transformations auxquelles le transport maritime international doit faire face. Les armateurs sont soumis à des exigences environnementales croissantes et cherchent à réduire leur dépendance aux carburants pétroliers traditionnels. Plusieurs solutions sont actuellement étudiées, notamment le biométhane, les carburants de synthèse, le méthanol et l’ammoniac. Chacune présente cependant des contraintes en matière de production, de coûts, de disponibilité et d’infrastructures. Pour CMA CGM, le partenariat avec Engie représente un moyen de sécuriser une partie de son approvisionnement futur en carburants alternatifs. Pour l’énergéticien, il constitue une occasion de développer un marché industriel encore émergent. Le projet havrais témoigne ainsi du rapprochement progressif entre les secteurs du transport et de l’énergie dans la recherche de solutions permettant de réduire les émissions du commerce maritime.

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