Le groupe français SEB, propriétaire notamment de la marque Tefal, fait face à une nouvelle offensive des associations environnementales. Ce vendredi 9 octobre 2026, Générations Futures, Notre Affaire à Tous et ClientEarth ont annoncé avoir adressé une mise en demeure à l’industriel afin qu’il engage une sortie progressive des PFAS, ces substances chimiques surnommées « polluants éternels ». Les trois organisations accordent à l’entreprise un délai de trois mois pour présenter une stratégie permettant de réduire puis d’abandonner leur utilisation dans ses activités industrielles. À défaut de réponse satisfaisante, elles envisagent de porter l’affaire devant le tribunal judiciaire de Paris. Cette démarche vise particulièrement les revêtements antiadhésifs utilisés dans certaines poêles Tefal, qui contiennent du polytétrafluoroéthylène, plus connu sous le sigle PTFE. Pour les associations, le maintien de ces substances dans les processus de fabrication pose des problèmes sanitaires et environnementaux que le groupe ne prendrait pas suffisamment en compte.
Au cœur de cette mise en demeure figure la loi française de 2017 relative au devoir de vigilance des grandes entreprises. Ce dispositif impose aux groupes concernés d’identifier et de prévenir les risques graves que leurs activités peuvent provoquer sur la santé, les droits humains et l’environnement, y compris chez leurs fournisseurs. Les associations estiment que SEB ne respecte pas pleinement ces obligations concernant les PFAS. Elles demandent notamment une évaluation plus complète des risques, la mise en place d’un calendrier de substitution et l’anticipation des conséquences industrielles et sociales d’un abandon de ces substances. Les PFAS forment une vaste famille de composés chimiques caractérisés par leur très grande persistance dans l’environnement. Certains sont associés à des effets néfastes sur la santé, même si leur toxicité varie selon les molécules et les conditions d’exposition. Leur présence dans les produits du quotidien et les rejets industriels fait désormais l’objet d’une attention croissante des autorités sanitaires et environnementales.
Une bataille judiciaire qui pourrait peser sur l’avenir industriel de Tefal
Cette nouvelle procédure intervient alors que le site Tefal de Rumilly, en Haute-Savoie, fait déjà l’objet de préoccupations concernant ses émissions de substances fluorées. Des PFAS ont été détectés dans différents rejets liés à l’activité industrielle, conduisant les autorités à renforcer leur surveillance. En avril 2026, la préfecture a notamment demandé à l’entreprise d’identifier l’origine de certaines émissions atmosphériques et de prendre des mesures pour les réduire. Une autre procédure a été engagée fin septembre devant le tribunal administratif de Grenoble par plusieurs associations locales, qui souhaitent obtenir des mesures plus contraignantes concernant ces rejets. Les défenseurs de l’environnement soulignent par ailleurs que des solutions de remplacement existent déjà, notamment les revêtements en céramique, également commercialisés par Tefal. Le débat dépasse cependant la seule question technique : l’abandon des PFAS pourrait entraîner des modifications importantes des chaînes de production et nécessiter des investissements industriels conséquents.
Pour les trois associations, cette transition doit également préserver les emplois et accompagner les salariés concernés. Elles réclament ainsi que SEB prévoit des mesures de reconversion afin que les éventuelles transformations de ses usines ne se traduisent pas par des conséquences sociales disproportionnées. De son côté, le groupe indique qu’il examinera attentivement la mise en demeure et qu’il répondra, si nécessaire, dans le cadre prévu par la loi. L’industriel assure également que ses activités sont conduites dans le respect des réglementations françaises et européennes applicables. La question des PFAS représente désormais un enjeu stratégique pour l’ensemble du secteur des ustensiles de cuisine, alors que l’Union européenne étudie de nouvelles restrictions concernant ces substances. En France, la loi adoptée en février 2025 a déjà interdit leur utilisation dans certaines catégories de produits, mais les ustensiles de cuisine bénéficient d’une exclusion. La démarche engagée contre SEB pourrait ainsi constituer un précédent important en matière de responsabilité environnementale des entreprises, en cherchant à obtenir par la voie judiciaire une évolution des pratiques industrielles au-delà des interdictions actuellement en vigueur.

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