France, fin 2025 - une industrie dopée par la défense, une croissance en nette perte de vitesse
France, fin 2025 - une industrie dopée par la défense, une croissance en nette perte de vitesse

À l’approche de la nouvelle année, les moteurs de l’économie française montrent des signes de fatigue, malgré un rebond notable dans l’industrie. Les derniers travaux de la Banque de France confirment que l’activité de novembre a dépassé les attentes dans plusieurs segments industriels, en particulier ceux liés à la défense et aux technologies de pointe. Mais cette résistance sectorielle, spectaculaire par endroits, ne suffit pas à inverser la tendance générale. La croissance du PIB ne devrait progresser que de 0,2% au quatrième trimestre, un net ralentissement après une hausse de 0,5% précédemment. L’institution décrit un paysage économique paradoxal. L’industrie enregistre un sixième mois consécutif d’activité supérieure à sa moyenne de long terme, portée par des commandes dynamiques dans la défense, l’aéronautique, le nucléaire et les technologies informatiques. Pourtant, ce mouvement s’accompagne d’un climat d’incertitude persistant. Les dirigeants interrogés par la Banque de France évoquent un manque de visibilité politique alimenté par les tensions autour du budget 2026, une inquiétude qui plombe les décisions d’investissement et de recrutement. Le ralentissement de la valeur ajoutée dans la plupart des secteurs confirme ce frein structurel, malgré une performance encore solide dans l’énergie et les services marchands.

Une production industrielle tirée par la défense, mais des branches toujours fragiles

Les moteurs du rebond industriel reposent sur des segments très ciblés. L’activité s’accélère dans les produits électroniques et optiques, stimulée par une demande soutenue des secteurs stratégiques, qui agissent comme des amortisseurs face à la morosité globale. Cette dynamique contraste avec les difficultés enregistrées dans la pharmacie ou l’habillement, où une demande affaiblie entraîne un recul de la production. La reprise de l’automobile, favorisée par la réouverture de sites fermés en octobre et la dissipation progressive des tensions d’approvisionnement, contribue également à relever le taux d’utilisation des capacités, qui remonte légèrement sans atteindre son niveau de long terme. Le bâtiment se distingue par une résilience inattendue. Sa croissance repose avant tout sur le second œuvre, soutenu par les chantiers de rénovation énergétique et les obligations réglementaires qui encadrent ces travaux. Dans le gros œuvre, la commande publique et les investissements industriels liés aux data centers, à l’énergie ou à la défense offrent un soutien bienvenu. Les carnets de commandes s’étoffent légèrement dans ce segment, en décalage avec un secteur industriel où les reports, la concurrence internationale et la faiblesse de la demande continuent de peser.

Des services inégaux et une économie en terrain instable

Les services marchands évoluent à deux vitesses. Certaines activités progressent grâce à une demande difficile à réduire, comme l’édition, la restauration ou les services d’information et de conseil. D’autres subissent un net repli, notamment les loisirs, l’hébergement ou la publicité, cette dernière sanctionnée par un climat d’incertitude économique qui conduit les entreprises à réduire leurs dépenses marketing. Le marché du travail offre un répit relatif, avec une baisse des difficultés de recrutement, mais ce recul ne compense pas la fragilité des trésoreries, jugées instables dans plusieurs branches. Les prévisions pour décembre reflètent une prudence renforcée. Les congés de fin d’année devraient freiner l’automobile et le gros œuvre, tandis que les services progresseraient mollement. Les hausses de prix demeurent marginales et très sectorisées. L’industrie stabilise ses tarifs, le bâtiment reste soumis à une concurrence qui force à réduire les prix pour gagner des marchés, et certains segments de services comme l’hébergement ou l’ingénierie parviennent à préserver de légères augmentations. L’économie française aborde donc 2026 avec un élan affaibli, portée par quelques niches industrielles mais freinée par l’incertitude politique, la prudence des entreprises et un essoufflement généralisé de la demande. Le ralentissement annoncé du PIB confirme que la vigueur de novembre n’aura pas suffi à compenser les vents contraires qui traversent l’ensemble des secteurs.

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