Des affrontements ont éclaté dimanche sur la côte syrienne entre des manifestants issus de la minorité religieuse alaouite et des contre-manifestants, deux jours après un attentat à la bombe contre une mosquée alaouite à Homs qui a fait huit morts et 18 blessés pendant la prière. Les heurts ont principalement eu lieu dans les villes côtières de Latakia et de Tartous, où des milliers de personnes étaient descendues dans la rue.
Les autorités syriennes ont indiqué que les premières investigations montraient que des engins explosifs avaient été placés à l’intérieur de la mosquée visée à Homs, sans toutefois identifier publiquement de suspect à ce stade. Les funérailles des victimes se sont déroulées samedi, dans un climat de forte tension.
Un groupe peu connu se faisant appeler Saraya Ansar al-Sunna a revendiqué l’attaque dans un message publié sur Telegram, affirmant avoir visé des membres de la communauté alaouite, une branche de l’islam chiite considérée comme hérétique par des groupes islamistes radicaux.
Les manifestations de dimanche avaient été appelées par Ghazal Ghazal, un cheikh alaouite vivant hors de Syrie et dirigeant du Conseil islamique alaouite suprême en Syrie et dans la diaspora. À Latakia, un photographe de l’Associated Press a vu des contre-manifestants pro-gouvernementaux lancer des pierres sur les protestataires alaouites, tandis qu’un groupe de manifestants s’en prenait physiquement à un contre-manifestant ayant traversé leur ligne. Les forces de sécurité ont tenté de séparer les deux camps et ont tiré en l’air pour disperser la foule. Plusieurs personnes ont été blessées, sans qu’un bilan précis ne soit immédiatement disponible.
La télévision d’État syrienne a rapporté que deux membres des forces de sécurité avaient été blessés à Tartous après qu’une grenade a été lancée contre un poste de police. À Latakia, des véhicules appartenant aux forces de sécurité ont également été incendiés.
La Syrie a connu plusieurs vagues de violences communautaires depuis la chute de l’ancien président Bashar Assad, renversé en décembre 2024 lors d’une offensive éclair des rebelles qui a mis fin à près de 14 années de guerre civile. Assad, lui-même alaouite, a fui le pays pour se réfugier en Russie. En mars, une embuscade menée par ses partisans contre les forces de sécurité avait déclenché plusieurs jours de violences, faisant des centaines de morts, majoritairement au sein de la communauté alaouite.
Depuis, bien que la situation se soit globalement calmée, des Alaouites ont été la cible d’attaques sporadiques à caractère sectaire. Des membres de cette communauté dénoncent également des discriminations dans l’accès à l’emploi public et des arrestations de jeunes hommes alaouites sans inculpation depuis la chute du régime. Sous la dynastie Assad, les Alaouites étaient largement surreprésentés dans les institutions de l’État, l’armée et les forces de sécurité.
Les autorités syriennes ont condamné l’attentat de vendredi et promis de traduire ses auteurs en justice, mais aucune arrestation n’a encore été annoncée.