Un groupe récemment formé, soutenu par des responsables militaires américains à la retraite, des contractants privés et des experts humanitaires, propose de prendre le contrôle de la distribution de l’aide à Gaza en remplacement des agences de l’ONU et des ONG actuellement sur place. Le projet, baptisé Gaza Humanitarian Foundation (GHF), s’inspire directement de plans discutés par Israël et suscite l’opposition de la communauté humanitaire internationale.
Selon un document de 14 pages obtenu par l’Associated Press, la fondation GHF prévoit de centraliser la distribution de nourriture, d’eau potable, de produits d’hygiène et de couvertures dans quatre grands centres, chacun desservant 300 000 personnes. Cette organisation semi-privée, enregistrée à Genève, entend collaborer avec les Nations Unies, tout en s’alignant sur les exigences sécuritaires d’Israël, qui exige de contrôler le flux de l’aide humanitaire vers Gaza, bloqué depuis plus de dix semaines.
Les Nations Unies et de nombreuses ONG ont rejeté les propositions israéliennes, accusant Tel-Aviv de vouloir « instrumentaliser l’aide » et d’utiliser la famine comme levier militaire. Un haut responsable de l’ONU a mis en garde contre une distribution centralisée qui forcerait les civils à se déplacer vers les centres d’aide, aggravant la crise humanitaire et risquant de provoquer des déplacements massifs.
Le document confirme pour la première fois la composition de la direction de GHF, qui inclut dix membres, dont d’anciens officiers supérieurs de l’armée américaine, des dirigeants d’entreprises et des représentants d’ONG. L’ancien directeur du Programme alimentaire mondial (PAM), David Beasley, y est mentionné comme principal candidat pour diriger la fondation, bien que son rôle ne soit pas encore officialisé. Beasley, également conseiller d’une entreprise privée impliquée dans un précédent projet d’aide par la mer vers Gaza, n’a pas répondu aux sollicitations de l’AP.
Le projet est soutenu par l’administration Trump, selon des sources proches du dossier. Une porte-parole du département d’État, Tammy Bruce, a déclaré : « C’est une nouvelle approche avec un seul objectif : apporter de l’aide immédiatement. » Le président Donald Trump, en déplacement au Moyen-Orient cette semaine, devrait dévoiler davantage de détails, potentiellement dans le cadre d’un nouveau plan de cessez-le-feu entre Israël et le Hamas.
La logistique du projet repose sur l’emploi de véhicules blindés pour transporter l’aide depuis la frontière jusqu’aux centres, où la sécurité serait assurée par des sous-traitants. Bien que le nom de l’entreprise Safe Reach Solutions, active dans le corridor israélien de Netzarim, soit mentionné, les détails sur le personnel de sécurité restent flous. Contrairement aux propositions israéliennes, GHF indique qu’aucun filtrage d’éligibilité ne sera imposé aux bénéficiaires, ce qui pourrait éviter les dispositifs controversés de reconnaissance faciale envisagés par Israël.
Mais pour les humanitaires sur le terrain, cette initiative pose de graves problèmes. Shaina Low, du Norwegian Refugee Council, affirme que le projet pourrait servir à « poursuivre des objectifs militaires et politiques », notamment en incitant les Palestiniens à se regrouper dans des zones spécifiques, ce qui « dépeuplerait des régions entières de Gaza ». Elle accuse aussi les auteurs du plan de créer un faux problème, car selon l’ONU, les détournements d’aide par le Hamas sont minimes et déjà strictement surveillés.
Tamara Alrifai, porte-parole de l’agence des Nations Unies pour les réfugiés palestiniens (UNRWA), dénonce une initiative irréaliste : « Ils n’ont ni l’infrastructure ni la capacité pour répondre aux besoins massifs de la population. » Elle juge également dangereux qu’un siège humanitaire soit utilisé pour démanteler les structures internationales d’aide existantes, établies et reconnues.
Alors que la famine menace 2,3 millions de Palestiniens piégés dans Gaza, le plan GHF cristallise une lutte entre impératifs humanitaires, logiques sécuritaires et pressions politiques. Pour les acteurs humanitaires, cette tentative de privatisation partielle de l’aide dans une zone de guerre marque un précédent inquiétant.