À force de pointer du doigt la génération Z, on finirait presque par croire qu’elle vit en permanence dans un nuage de fake news. Mais si les 18-28 ans s’informent en majorité via TikTok, Instagram ou X, sont-ils vraiment plus crédules que leurs aînés ? Une étude de l’université de Cambridge menée dans 24 pays apporte une réponse plus nuancée – et surprenante.
Exposés, oui. Naïfs, pas forcément.
Plus de 66 000 personnes ont été confrontées à un test grandeur nature : 20 articles de presse, dont la moitié était bidonnée. Résultat : ce ne sont pas les seniors les plus vulnérables aux infox, mais bien les jeunes adultes. Un paradoxe pour une génération née avec Internet, mais qui s’explique. Selon le chercheur Jon Roozenbeek, ces jeunes sont habitués à des formats d’information très éloignés des codes traditionnels : vidéos courtes, stories, posts, mèmes. Le « chaos informationnel » décrit par la chercheuse Sophie Jehel brouille les repères entre contenus journalistiques, publicités et récits personnels. Mais attention au raccourci. Ce n’est pas parce que les jeunes sont plus exposés qu’ils avalent tout cru. Au contraire, ils font preuve d’une méfiance généralisée. Ils remettent souvent en cause ce qu’ils voient, vérifient les infos auprès de leurs proches ou via la télévision, média auquel ils accordent paradoxalement une grande confiance jusqu’à 15-16 ans.
Une génération méfiante… mais lucide
Contrairement aux générations plus âgées, dont certaines estiment être imperméables aux manipulations – surtout dans les milieux les plus politisés – les jeunes savent qu’ils peuvent être trompés. Cette lucidité est précisément ce qui les distingue. Leur défi n’est pas tant de croire n’importe quoi, mais d’évoluer dans une avalanche d’informations dont ils cherchent à démêler le vrai du faux. Alors oui, certains jeunes basculent dans les théories du complot, surtout ceux qui passent leurs journées entières sur les réseaux. Mais dans l’ensemble, cette génération vit avec un doute permanent. Et dans un monde saturé de fausses vérités, ce doute peut être plus une défense qu’une faiblesse.