La petite ville côtière de Yoichi, sur l’île d’Hokkaido, est devenue en quelques années une référence mondiale pour les amateurs de Pinot Noir. Longtemps réputée pour son whisky Nikka, la région s’est imposée sur la scène viticole grâce à la hausse progressive des températures, qui a permis d’y cultiver ce cépage délicat. Mais les viticulteurs craignent désormais que le même changement climatique qui a favorisé leur essor ne mette en péril l’avenir de leur production.
Le Pinot Noir, célèbre pour sa complexité aromatique mais aussi pour sa fragilité, exige un climat frais et stable. Or, selon les agriculteurs locaux, Yoichi subit depuis peu des hausses rapides de température, ainsi qu’une recrudescence des pluies d’automne, qui pourraient compromettre la qualité des récoltes. L’augmentation des populations d’oiseaux, attirées par les raisins mûrs, constitue un autre défi inattendu pour les exploitants.
« Nous avons bénéficié du réchauffement au début, mais la situation devient de plus en plus imprévisible », confie un vigneron du domaine Hirotsu, qui produit du Pinot Noir, du Kerner et du Bacchus pour la maison Grande Polaire. « Le Pinot est un raisin capricieux — il supporte mal les excès de chaleur, et la moindre variation peut tout gâcher. »
Yoichi compte aujourd’hui une vingtaine de domaines viticoles et environ 70 vignobles. L’ascension de la ville a été fulgurante : en 2020, le vin Nana-Tsu-Mori 2017 du Domaine Takahiko avait figuré sur la carte du prestigieux restaurant Noma à Copenhague, propulsant la région au rang des nouvelles destinations viticoles de luxe. Une bouteille, qui se vendait alors 30 dollars, atteint désormais près de 560 dollars chez certains revendeurs japonais.
Mais ce succès pourrait être de courte durée. Les experts estiment qu’à ce rythme, Yoichi pourrait ne plus offrir, d’ici quelques décennies, les conditions idéales pour le Pinot Noir. Les viticulteurs cherchent déjà des solutions : adaptation des cépages, diversification des cultures ou installation de protections contre les intempéries.
Pour la ville, qui rêvait de devenir la “Bourgogne du Japon”, le changement climatique rappelle que même les régions nouvellement bénies par le réchauffement ne sont pas à l’abri de ses effets dévastateurs.