Ce lundi 13 octobre, la Mairie de Paris plonge ses habitants dans un scénario catastrophe : une crue de la Seine dépassant les 7 mètres, comparable à celle de 1910. L’objectif est clair : préparer la population à affronter un risque qui pourrait paralyser la capitale pendant plusieurs semaines.
Une crue centennale en simulation
Sous la coordination de Pénélope Komitès, adjointe chargée de la résilience, cet exercice grandeur nature vise à sensibiliser les Parisiens à un danger souvent sous-estimé. Une montée des eaux de cette ampleur pourrait toucher jusqu’à 700 000 habitants, provoquer l’arrêt des transports, la coupure de l’électricité et du gaz, et contraindre à l’évacuation de dizaines de milliers de personnes. La dernière crue majeure de la Seine remonte à janvier 1910, lorsque le fleuve avait atteint 8,62 mètres au pont d’Austerlitz, inondant des quartiers entiers et paralysant la capitale. Depuis, plusieurs épisodes significatifs, notamment en 2016 et 2018, ont rappelé la vulnérabilité du territoire, sans jamais atteindre une telle intensité.
Vers une véritable culture du risque
Conçu par la société Crisotech, le scénario se déroulera comme un exercice en « conditions réelles ». Les habitants du Marais seront projetés dans un Paris fictif en mars 2026, où la Seine aurait dépassé les 7,10 mètres dans la nuit. Dans cette simulation, le métro est inondé, les égouts débordent, des pénuries alimentaires apparaissent et les services publics tentent d’organiser les évacuations. Une soixantaine de participants, dont une classe de CM2, prendront part à un jeu de rôles tout au long de la journée. Ils seront évacués d’un immeuble vers l’Académie du climat, transformée pour l’occasion en centre d’accueil. En parallèle, la préfecture de police conduira son propre exercice, baptisé « Hydros 2025 », à l’échelle de l’Île-de-France.
Un risque sous-estimé mais omniprésent
Contrairement aux crues soudaines observées dans le sud de la France, la montée des eaux de la Seine est lente, laissant le temps de réagir. Mais ses conséquences pourraient être dévastatrices à cause de l’étendue du bassin inondable – près de 500 000 hectares en Île-de-France. « Beaucoup de Parisiens se croient protégés parce qu’ils vivent en hauteur ou loin du fleuve. Mais une crue exceptionnelle peut frapper tous les quartiers par effet de cascade », prévient Bénédicte Cadalen, du service de gestion de crise de la Ville de Paris. En organisant cet exercice inédit, la capitale espère renforcer une culture du risque encore trop absente. Une initiative jugée indispensable à l’heure où le changement climatique accroît la fréquence et la gravité des événements extrêmes.