Carklop, le covoiturage du tabac et de l’alcool fait grincer des dents @pexels
Carklop, le covoiturage du tabac et de l’alcool fait grincer des dents @pexels

Un nouveau venu secoue le marché frontalier : Carklop, une plateforme lancée le 11 septembre, propose aux particuliers de partager un trajet pour aller chercher cigarettes, alcool ou courses de l’autre côté des frontières françaises. Contre une commission de 15 %, le site fonctionne comme un Blablacar de l’approvisionnement transfrontalier. Son fondateur, Philippe Poulard, explique avoir eu l’idée en constatant en Allemagne les prix plus attractifs sur les paquets de cigarettes, estimant qu’il serait « idiot de ne pas prévenir les gens » qu’ils peuvent légalement acheter à l’étranger pour leur consommation personnelle. Sur le plan juridique, l’initiative se situe dans une zone grise. Depuis 2024, les règles ont changé : chaque voyageur peut ramener jusqu’à quatre cartouches de cigarettes, dix litres d’alcool fort, 90 litres de vin et 110 litres de bière, à condition de prouver qu’il n’a pas l’intention de revendre. Les douanes rappellent que le site renvoie aux règles officielles, mais la pratique flirte avec la frontière entre usage personnel et importations commerciales.

Colère des buralistes et des transporteurs

Pour les buralistes, déjà fragilisés par deux décennies de concurrence frontalière, Carklop est une menace supplémentaire. Philippe Coy, président de la Confédération des buralistes, dénonce une incitation déguisée à fumer davantage et promet d’examiner les moyens d’action juridiques contre cette plateforme, qu’il qualifie de « Blablacar du trafic de tabac ». Les cavistes et les petits transporteurs redoutent également des pertes, voyant dans cette pratique une concurrence déloyale qui détourne du commerce local et échappe aux charges sociales. Le secteur du transport léger rappelle que le « cotransportage » a déjà été détourné par certains particuliers pour générer des revenus d’appoint, sans encadrement légal clair. « Chaque fois qu’une plateforme de ce type se lance, c’est tout un secteur qui trinque », alerte Alexandre Fontana, représentant du syndicat professionnel.

Une économie parallèle sous surveillance

Le fondateur de Carklop assure que son objectif n’est pas d’organiser un marché clandestin mais de « serrer un peu moins la ceinture » des consommateurs. Officiellement, l’usage du service est réservé à ceux qui achètent pour eux-mêmes. Dans les faits, rien ne garantit que les trajets ne servent pas à ramener les quantités maximales pour ensuite les écouler au détail. Entre économies pour les particuliers, risques de revente illégale et inquiétudes des professionnels, Carklop illustre une fois de plus la capacité des plateformes numériques à bousculer les règles établies. Le débat pourrait rapidement quitter la sphère des buralistes pour s’inviter dans celle des régulateurs européens.

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