L’industrie européenne de la batterie traverse une zone de fortes turbulences. Les projets lancés ces dernières années n’ont pas tenu toutes leurs promesses et plusieurs gigafactories tournent aujourd’hui au ralenti. Entre la hausse du coût de l’énergie, le prix des matières premières et la concurrence agressive de l’Asie, les usines du Vieux continent peinent à rester compétitives. La faillite de Northvolt, jadis présentée comme un pilier de l’autonomie industrielle européenne, illustre cette fragilité, tout comme les difficultés d’ACC, dont plusieurs projets en Italie et en Allemagne sont désormais gelés.
Un appel pressant à de nouvelles règles
Face à ce constat, des industriels européens réclament une réorientation stratégique. Une coalition d’entreprises demande à Bruxelles d’intégrer un contenu local obligatoire dans la future législation, en imposant que la fabrication des cellules, modules, packs et systèmes de gestion soit réalisée au sein de l’Union européenne ou, au moins, dans l’Espace économique européen. Les matières premières pourraient venir de l’extérieur, mais uniquement de partenaires considérés comme fiables. Les industriels souhaitent aussi que les matériaux recyclés en Europe soient pleinement reconnus comme contenus locaux, afin de soutenir la filière du recyclage. L’objectif reste identique : réduire la dépendance vis-à-vis de la Chine, sécuriser la chaîne d’approvisionnement et préserver les emplois industriels. Ils demandent en parallèle des aides publiques conséquentes pour financer de nouvelles capacités productives et accélérer les investissements.
Un débat sous tension entre protection et réalité du marché
Mais cette stratégie comporte un risque majeur : accroître encore les coûts de production alors que la demande en batteries s’essouffle. Plusieurs sites européens fonctionnent déjà en dessous de leurs capacités, signe d’un marché moins dynamique que prévu. Les constructeurs automobiles redoutent qu’une réglementation trop stricte finisse par renchérir le coût des véhicules électriques, freinant leur adoption et accentuant les difficultés du secteur. L’Europe se retrouve donc face à un arbitrage délicat : défendre sa souveraineté industrielle sans déconnecter l’offre des besoins réels du marché. Le défi des prochains mois sera de trouver un équilibre capable de protéger les acteurs européens sans pénaliser les consommateurs ni fragiliser davantage une filière encore en construction.