Coup de tonnerre à Lille. Le tribunal administratif a invalidé ce mardi la validation officielle du plan de sauvegarde de l’emploi (PSE) d’Auchan, qui prévoyait la suppression de 2 389 postes, soit la plus vaste restructuration de l’histoire du groupe en France. Une décision rarissime, qui plonge l’enseigne et ses salariés dans une incertitude totale. Saisi par la CGT, le CSE et plusieurs employés, le tribunal a estimé que l’accord collectif validant le PSE aurait dû être signé par les représentants syndicaux de chacune des cinq composantes du groupe, et non uniquement au niveau global. Les juges ont également pointé un vice de procédure concernant l’information et la consultation des instances représentatives du personnel.
Un appel immédiat d’Auchan
Pour la direction, cette annulation repose sur une « interprétation contestable » des règles. Guillaume Darrasse, directeur général d’Auchan Retail, rappelle que d’autres accords signés de la même manière n’avaient jamais été remis en cause et souligne les efforts consentis pour limiter les licenciements. L’enseigne a annoncé son intention de faire appel, un recours qui devra être examiné d’ici trois mois par la cour administrative d’appel de Douai. Les syndicats, eux, saluent une victoire symbolique. « Cela rappelle que l’entreprise ne peut pas faire ce qu’elle veut », a réagi un élu FO. La CGT parle d’« une victoire pour tous les salariés licenciés ».
Un casse-tête social et juridique
Dans l’immédiat, ce n’est pas le PSE lui-même qui est annulé mais sa validation administrative. Conséquence : les salariés déjà licenciés pourraient saisir les prud’hommes pour demander une réintégration, ou à défaut, des indemnités. Une perspective complexe, nombre d’entre eux ayant déjà entamé une reconversion, une formation ou un projet entrepreneurial. Annoncé en novembre 2024, le plan prévoyait fermetures d’hypermarchés et d’entrepôts, réorganisation des services centraux et réduction massive d’effectifs, dans un contexte de chute des parts de marché (9 %) et d’un modèle de l’hypermarché en perte de vitesse. Si Auchan affirme aborder l’appel avec « sérénité », cette décision judiciaire inédite fragilise un chantier social déjà explosif, où se mêlent contestation syndicale, avenir incertain des salariés et survie économique d’une enseigne en quête de redressement.