MAIDUGURI – L’insécurité resurgit violemment dans le nord-est du Nigeria. Selon le gouverneur de l’État de Borno, Babagana Zulum, au moins 20 000 personnes ont fui la ville de Marte ces derniers jours à la suite de plusieurs attaques menées par des groupes islamistes armés, notamment Boko Haram et la branche ouest-africaine de l’État islamique (ISWAP). Ces violences surviennent quatre ans après que les habitants avaient été autorisés à retourner dans cette ville autrefois sous contrôle djihadiste.
« Marte a été réinstallée il y a environ quatre ans, mais malheureusement, au cours des trois derniers jours, elle a été saccagée et déplacée à nouveau », a déclaré Zulum dimanche lors d’une visite dans la région, non loin de la frontière camerounaise. Il a précisé qu’environ 20 000 personnes avaient fui vers la ville voisine de Dikwa.
Cette annonce intervient après une attaque spectaculaire contre la base militaire de Marte la semaine dernière, durant laquelle les insurgés ont temporairement pris le contrôle de l’installation. Cinq soldats y ont été tués et plusieurs autres sont portés disparus. Le gouverneur a également inspecté la ville de Rann, qui a subi une attaque similaire, et prévoit de se rendre lundi dans le district de Kalawa Balge, théâtre du meurtre de 23 agriculteurs par des éléments présumés de Boko Haram.
Depuis le début de l’insurrection islamiste en 2009, plus de deux millions de personnes ont été déplacées et des milliers d’autres tuées, selon les estimations des agences humanitaires. Le conflit reste un défi sécuritaire majeur pour les autorités nigérianes, malgré plusieurs campagnes militaires de grande envergure.
L’État de Borno, épicentre de la violence, avait entrepris depuis quelques années un ambitieux programme de réinstallation des déplacés internes, notamment dans la ville de Marte, dans le but de fermer progressivement les camps de réfugiés à Maiduguri, la capitale régionale. Toutefois, le retour en force des djihadistes remet en cause la viabilité de cette stratégie, exposant de nouveau les civils à l’instabilité chronique de la région.
Le gouverneur Zulum a mis en garde contre les risques de radicalisation si les jeunes déplacés restaient confinés dans des camps à Dikwa, où ils pourraient devenir des cibles faciles pour le recrutement par les groupes armés. Les analystes sécuritaires soulignent que Boko Haram et l’ISWAP ont considérablement modifié leurs tactiques, utilisant notamment des drones à des fins de surveillance et de ciblage, rendant leurs attaques plus coordonnées et plus difficiles à prévenir.
Alors que les autorités locales tentent de contenir la crise et d’assurer la sécurité des populations déplacées, l’exode massif de Marte constitue un nouveau revers pour les efforts de stabilisation dans une région déjà profondément marquée par seize années de conflit.