À Nîmes, la chaleur écrasante de l’été – plus de trente jours au-delà de 35 °C depuis juin – pousse habitants et élus à inventer de nouvelles parades. Dans le quartier populaire de Gambetta, les rues Gautier et Robert se sont transformées en véritables tunnels végétaux. Jasmins, vignes, chèvrefeuilles ou rosiers s’élancent des trottoirs pour recouvrir les murs, apportant une ombre bienvenue aux passants et transformant ces ruelles en îlots de fraîcheur. L’histoire a démarré il y a près de vingt ans avec un habitant, Asgeir Andersen, artiste et architecte, qui avait installé les premiers bacs de plantations devant sa maison. Son initiative a fait école et, peu à peu, les pots de fleurs ont laissé place aux plantations en pleine terre. Depuis, l’exemple a contaminé d’autres quartiers et suscité l’attention de la municipalité.
Quand les habitants entraînent la ville
Face à l’enthousiasme grandissant, la mairie a créé en 2019 un permis de végétaliser. Mais le succès a réellement décollé depuis 2024 avec la mise en place de fosses de plantation creusées directement par les services municipaux. Ces aménagements permettent aux racines d’accéder à l’eau souterraine et de limiter l’entretien. Résultat : les demandes explosent. Après quarante autorisations délivrées en 2024, elles sont déjà plus du double en 2025. Les commerçants du centre piétonnier s’y mettent aussi, végétalisant vitrines et façades. Un collectif d’artistes et de paysagistes, Green Résistance, multiplie les ateliers participatifs pour accompagner le mouvement. Pour l’adjointe à l’environnement, Chantal May, il s’agit d’un moyen simple de créer des microclimats urbains et de renforcer la biodiversité.
Les « lianes urbaines », climatiseurs naturels
Pour la botaniste nîmoise Véronique Mure, ces initiatives citoyennes sont loin d’être anecdotiques. Elle rappelle que les plantes grimpantes, peu gourmandes en place et vigoureuses dans leur croissance aérienne, offrent des bénéfices comparables à ceux des arbres en matière d’ombre et de rafraîchissement. Ses recherches ont montré des écarts de température pouvant dépasser 15 °C entre une zone nue et une zone protégée par un couvert végétal. Au-delà de l’effet thermique, la végétalisation a créé un esprit de quartier. Rue Gautier, les voisins échangent conseils et semis via un groupe WhatsApp. Pour beaucoup, la réussite de ces façades vertes repose autant sur la botanique que sur la solidarité locale. Nîmes, ville de pierres blanches écrasées de soleil, voit dans ces « lianes urbaines » un moyen efficace de rendre ses rues plus respirables et plus vivantes.