L’interview de Manon Aubry, eurodéputée de La France insoumise, menée par Sonia Mabrouk ce lundi sur CNews et Europe 1, a donné lieu à un échange tendu, centré sur la situation du romancier franco-algérien Boualem Sansal, emprisonné en Algérie depuis novembre 2024.
Dès les premières minutes de l’entretien, l’ambiance s’est révélée électrique. La journaliste a confronté son invitée à propos de son abstention lors du vote, en janvier 2025, d’une résolution du Parlement européen appelant à la libération « immédiate et inconditionnelle » de Boualem Sansal. En brandissant une photo de l’écrivain, Sonia Mabrouk a lancé : « Vous n’avez pas honte ? », une question qui a rapidement enflammé les réseaux sociaux.
Manon Aubry s’est défendue en invoquant des considérations diplomatiques : « Ce texte risquait d’alimenter les tensions entre l’Union européenne et l’Algérie. La vraie question, c’est comment obtenir sa libération : par la confrontation ou par la diplomatie ? » Elle a souligné que sa position « est aujourd’hui partagée par de nombreux responsables politiques », sans toutefois citer de noms précis.
Une résolution largement soutenue au Parlement européen
Adoptée le 23 janvier 2025 à Strasbourg, la résolution européenne a été votée par 533 eurodéputés, contre 24 oppositions et 43 abstentions. Elle dénonçait, au-delà du cas Sansal, la répression persistante des journalistes, intellectuels et défenseurs des droits humains en Algérie. Elle appelait notamment les autorités algériennes à respecter leurs engagements internationaux en matière de libertés fondamentales, dans le cadre du Partenariat UE-Algérie.
Côté français, quatre eurodéputés LFI, Rima Hassan, Anthony Smith, Arash Saeidi et Emma Fourreau, se sont prononcés contre la résolution. Manon Aubry, tout comme Younous Omarjee, s’est abstenue.
Boualem Sansal détenu depuis mars 2025
Né en 1949 à Téniet El Had, Boualem Sansal est une figure de la littérature algérienne francophone. Romancier reconnu pour ses prises de position critiques envers les régimes autoritaires et l’islamisme radical, il a reçu de nombreuses distinctions internationales, dont le Grand Prix de la Francophonie de l’Académie française en 2013.
Depuis novembre 2024, il est détenu par les autorités algériennes. Le 27 mars 2025, il a été condamné en première instance à cinq ans de prison et à une amende de 500 000 dinars algériens (environ 3 500 euros), pour « atteinte à l’intégrité du territoire national ». Cette condamnation fait suite à une interview dans laquelle il affirmait que le tracé des frontières algériennes, établi sous la colonisation française, avait amputé une partie du territoire marocain. Une déclaration perçue par le pouvoir algérien comme une remise en cause de l’unité nationale.
Son procès en appel est en cours. Le ministère algérien de la Justice a requis une peine de dix ans de prison ferme assortie d’une amende d’un million de dinars (environ 7 000 euros).
LFI face à ses contradictions
Face à Sonia Mabrouk, Manon Aubry a tenté de recentrer le débat sur les principes : « Aucun écrivain ne devrait être emprisonné pour ses opinions, quelles qu’elles soient. Je condamne toutes les formes de répression. » Toutefois, son refus de soutenir officiellement la résolution interroge jusque dans les rangs de la gauche. Certains élus européens socialistes ou écologistes, comme Raphaël Glucksmann (Place publique) ou Mounir Satouri (EELV), ont publiquement regretté l’absence de consensus sur une cause jugée « universelle ».