Rentrée TV/radio 2025 : notre analyse d’un mercato hors norme
Rentrée TV/radio 2025 : notre analyse d’un mercato hors norme

Jamais une rentrée audiovisuelle n’aura connu un tel séisme. Ce lundi 25 août marque le coup d’envoi d’une saison 2025-2026 historique pour la télé et la radio françaises, entre disparitions de chaînes, lancements de nouvelles chaînes et arrivée de stars débauchées à prix d’or. Anne-Sophie Lapix quitte le JT de France 2 pour s’imposer sur RTL, Cyril Hanouna rebondit sur Fun Radio et W9, Benjamin Duhamel migre de BFMTV à France Inter, tandis que Léa Salamé prend les commandes du 20 heures. Entre continuités stratégiques, paris risqués et guerre acharnée des audiences, le paysage médiatique se redessine sous nos yeux.

Ce mercato, alimenté par des enjeux politiques (municipales de 2026, présidentielle de 2027), économiques (guerre des audiences, repositionnement de groupes) et stratégiques (recomposition du secteur public, fermeture de C8 et NRJ12), illustre l’ampleur des transformations à l’œuvre.

France Télévisions : un tournant symbolique avec Léa Salamé au 20 heures

Le changement le plus emblématique est sans doute le départ d’Anne-Sophie Lapix du 20 heures de France 2, remplacée par Léa Salamé. Ce choix, signé Delphine Ernotte, PDG du groupe public, consacre l’animatrice de Quelle époque ! comme nouvelle figure centrale de l’information du service public. Un pari audacieux mais aussi risqué : Lapix incarnait une image de sérieux et de rigueur, là où Salamé représente davantage la vivacité et la proximité.

Parallèlement, Télématin s’allonge jusqu’à 10 heures et change de visages, avec Maya Lauqué et Damien Thévenot en semaine, Mélanie Taravant et Samuel Ollivier le week-end. France 5 rebat aussi ses cartes avec Aurélie Casse qui reprend C dans l’air le week-end, tandis que Caroline Roux garde les rênes la semaine. France 3, elle, fait disparaître Questions pour un champion en semaine, un coup dur pour les nostalgiques.

France Info, enfin, se renforce avec un nouveau duo politique : Paul Larrouturou et Agathe Lambret, héritiers de Salhia Brakhlia et Jérôme Chapuis. Une manière pour la chaîne d’info publique de maintenir un haut niveau de crédibilité politique.

RTL et le groupe M6 : l’offensive la plus massive

Le groupe M6 est sans conteste le grand gagnant du mercato 2025. Sa filiale RTL a frappé fort en recrutant Anne-Sophie Lapix, évincée de France 2, qui prend les commandes du 18h-20h. Elle sera l’un des visages phares d’une grille largement remodelée : Thomas Sotto conserve seul la matinale, épaulé par Marc-Olivier Fogiel qui signe son grand retour à l’antenne avec une interview quotidienne. Faustine Bollaert hérite d’un rendez-vous testimonial en matinée, tandis qu’André Dussollier, novice à la radio, prête sa voix à une émission de récits en soirée. Augustin Trapenard et Alex Vizorek complètent ce casting de haut vol.

Le groupe M6 n’a pas seulement investi RTL. Sur Fun Radio, l’animateur star Cyril Hanouna débarque avec une émission quotidienne de 15h à 18h, avant d’enchaîner sur W9 avec Tout beau tout neuf, un talk-show de divertissement. C’est le signe d’une stratégie claire : capter à la fois les jeunes auditeurs et les téléspectateurs du prime-time. Enfin, M6 accueille également Olivier Minne, Francis Huster et Joan Faggianelli dans de nouveaux formats de divertissement, confirmant son statut de recruteur numéro un de l’année.

France Inter : consolider le leadership

Leader incontestée des ondes, France Inter a dû encaisser le départ de Léa Salamé. Mais loin de vaciller, la radio publique a réorganisé sa matinale en élargissant sa durée (7h-11h) et en misant sur un renfort de poids : Benjamin Duhamel, transfuge de BFMTV. Ce dernier prend l’interview politique de 7h50 et coanime le grand entretien de 8h20 avec Nicolas Demorand.

Les voix familières sont toujours présentes, avec Sonia Devillers, David Castello-Lopes, Sophia Aram ou François Morel, mais aussi de nouveaux talents : Bertrand Chameroy pour l’humour, Daphné Bürki pour un rendez-vous culturel quotidien, et même Marie s’infiltre. Inter montre qu’elle reste un laboratoire de talents, sans renoncer à son exigence éditoriale.

RMC : miser sur le sport et la proximité

Avec une légère érosion de ses audiences, RMC n’a pas bouleversé sa grille mais a renforcé ses points forts : le sport et l’ancrage populaire. Pascale de La Tour du Pin prend une pré-matinale de 5h à 7h, tandis que Jean-Pierre Papin et Carine Galli rejoignent Rothen s’enflamme et le multiplex Ligue 1. Jacques Legros intègre aussi l’équipe d’Estelle Denis, Louis Sarkozy celle d’Apoline de Malherbe, preuve que la station joue la carte de la notoriété et du mélange des genres.

Europe 1 : l’ombre portée de CNews

Le rapprochement avec la première chaîne info de France se poursuit. Pascal Praud hérite du créneau stratégique de 16h-18h, Christine Kelly récupère la mi-journée, et Romain Desarbres avec Marie-Estelle Dupont prend les après-midi avec Et si on se parlait !. La stratégie est claire : capitaliser sur les têtes d’affiche de CNews pour renforcer l’antenne radio.

BFMTV, LCI et CNews : la bataille des chaînes d’info

La guerre des chaînes d’info connaît un nouveau chapitre. BFMTV, fragilisée, se reconstruit sous l’impulsion de CMA Médias et Fabien Namias : Dominique Tenza et Perrine Storme incarnent la nouvelle matinale, Julien Arnaud la tranche 10h-12h, Christophe Delay migre sur le midi, et Marc Fauvelle hérite du 19h. C’est une grille quasi neuve, destinée à reconquérir un leadership désormais disputé.

LCI, elle, recrute à tour de bras : Christophe Barbier, Nicolas Doze, Philippe Gaudin et Yves Calvi viennent renforcer la chaîne du groupe TF1. Elle profite de la faiblesse de BFMTV pour se positionner en challenger crédible.

CNews, enfin, joue la stabilité. Pascal Praud, Jean-Marc Morandini, Sonia Mabrouk, Laurence Ferrari et Christine Kelly sont reconduits, sans changement majeur. Un choix assumé : quand les concurrents se recomposent, la chaîne du groupe Bolloré capitalise sur la continuité de son modèle éditorial.

Nouvelles chaînes : T18 et Novo19 à la conquête de la TNT

La disparition de C8 et NRJ12 a libéré deux canaux. L’homme d’affaires Daniel Kretinsky a lancé T18, orientée culture et société, avec Laurent Ruquier, Matthieu Croissandeau et Ava Djamshidi en figures de proue. Novo19, fruit du groupe Ouest-France, mise sur l’actualité « humaine et concrète » avec Claire Arnoux et Claude Askolovitch. Deux paris audacieux, qui devront trouver leur public face à une TNT saturée.

Sud Radio, Radio Classique et Ici : les outsiders en mouvement

Sud Radio, après le départ de Jean-Jacques Bourdin, mise sur Jean-François Achilli pour l’interview politique matinale et sur le retour humoristique des Chevaliers du Fiel. Sur Sud Radio, Magali Berdah animera une emission du soir qui confrontera influenceurs et personnalités politiques. Ici (ex-France Bleu) recrute Stéphane Bern pour une chronique quotidienne , tandis que Radio Classique traverse une crise avec une hécatombe de départs. Des contrastes qui montrent la fragilité de certaines stations face aux géants du secteur.

Une recomposition sous tension

Au fond, cette rentrée 2025 illustre une recomposition inédite :

  • Le groupe M6 affirme sa domination, avec une stratégie offensive sur tous les terrains.
  • Le service public se réinvente mais reste fragilisé par les débats sur le futur regroupement des médias publics.
  • Les chaînes d’info sont dans une bataille à trois (France Info peine à remonter loin derrière le trio de têtes), où chaque faux pas peut coûter cher.
  • Les radios généralistes se polarisent entre un pôle public (Inter) et un pôle privé marqué par l’influence croissante de CNews/Europe 1.

Derrière ce grand brassage, une question demeure : ces paris paieront-ils en termes d’audience et de crédibilité ? Les premiers résultats de Médiamétrie, attendus dans les prochains mois, diront si les Lapix, Hanouna, Duhamel… Auront réussi à s’imposer dans ce nouveau paysage.

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