Alors que la commission d’enquête de l’Assemblée nationale consacrée à l’audiovisuel public mène ses auditions depuis le 25 novembre, une tribune signée par environ 350 personnalités issues du monde de la culture, des médias, de la recherche et de la société civile a été publiée dans le quotidien Le Monde. Le texte rassemble des profils variés, parmi lesquels la journaliste Laure Adler, le comédien François Berléand, l’actrice Danièle Evenou, le journaliste Michel Field, le réalisateur Costa-Gavras, la comédienne Ariane Ascaride, le cinéaste Michel Hazanavicius, le journaliste Laurent Joffrin, l’ancienne magistrate Eva Joly ou encore le politologue Roland Cayrol et Jean-Paul Cluzel, ancien président de Radio France.
Les méthodes de Charles Alloncle contestées
La tribune met en cause ce que les signataires décrivent comme « les méthodes inquisitoriales, diffamatoires et menaçantes employées par le rapporteur et par certains députés membres de la commission ». Ils précisent que ces pratiques se seraient développées « en dépit des efforts de son président pour garantir des auditions et des échanges ouverts et respectueux ».
Le député visé est Charles Alloncle, élu de l’Hérault, désigné rapporteur de la commission. Les auteurs du texte estiment que « ses interventions, caractérisées par une posture de procureur et des mises en cause appuyées, ont donné le sentiment d’un glissement préoccupant du pouvoir législatif vers une attitude relevant du pouvoir judiciaire ». Ils considèrent que « c’est le principe même de la séparation des pouvoirs qui se trouve fragilisé ».
Une mise en garde institutionnelle
Les signataires évoquent « une confusion des rôles » qu’ils jugent « contraire à l’esprit de nos institutions » et au « respect dû tant aux personnes auditionnées qu’à la représentation nationale elle-même ». Ils ajoutent qu’« un rapporteur ne saurait transformer une commission d’enquête en tribunal, ni se départir de la retenue, de l’impartialité et de la dignité qui fondent sa légitimité », estimant que ce type de dérive « n’est pas conforme à l’esprit de nos institutions ».
Le texte se conclut sur un appel à l’exemplarité, les auteurs jugeant « essentiel que les travaux parlementaires, en particulier lorsqu’ils concernent un pilier de notre démocratie comme le service public de l’audiovisuel, soient menés avec exemplarité ».
Il est tout de même étonnant que cet appel à l’exemplarité ne s’adresse pas directement à l’audiovisuel public, mais au député qui dénonce justement le manque d’exemplarité du service public, le tout avec l’argent des Français !
Un large éventail de signataires du monde culturel et intellectuel
Parmi les signataires figurent de nombreuses personnalités connues du cinéma, du théâtre, de l’audiovisuel et du monde intellectuel. Aux côtés de Costa-Gavras et Michel Hazanavicius apparaissent notamment Elsa Lepoivre, sociétaire de la Comédie-Française, l’artiste Helena Noguerra, la réalisatrice Julie Bertuccelli, la comédienne Dominique Blanc, le cinéaste Stéphane Brizé, la productrice Fabienne Servan-Schreiber, l’actrice Yolande Moreau, le metteur en scène Stanislas Nordey ou encore l’ancienne ministre de la Culture Françoise Nyssen.
Le monde académique et intellectuel est également représenté avec des personnalités comme l’historien Pascal Blanchard, la sociologue Dominique Schnapper, l’historienne Michelle Perrot, le démographe Hervé Le Bras, le philosophe Pascal Bruckner, ou encore le chercheur Denis Peschanski. Des figures du journalisme et des médias, telles que Michèle Cotta, Serge Toubiana, Pierre Favier ou Alain Le Gouguec, figurent aussi parmi les soutiens.