La rentrée s’annonce houleuse dans l’audiovisuel public. À Radio France, un préavis de grève illimitée déposé par une intersyndicale (CFDT, CGT, FO, SNJ, SUD, UNSA) menace de perturber les antennes dès lundi 25 août. France Inter, France Info, France Culture, France Bleu ou encore France Musique pourraient être affectées, alors que les discussions avec la direction piétinent depuis le mouvement de juin. Les griefs portent sur la suppression de programmes d’investigation, la réforme des modes de production et la contestation de la nouvelle grille d’« Ici », ex-France Bleu, accusée de réduire l’autonomie des 44 stations locales.
Un climat social explosif
Les syndicats dénoncent un projet de réorganisation mené sans concertation, au détriment de la proximité et de l’indépendance éditoriale. Selon Matthieu Darriet (SNJ), « lever le préavis relèverait du miracle », tant les sujets de crispation sont nombreux. Le malaise est tel qu’un comité social et économique d’« Ici » a été interrompu mercredi, empêchant la présentation de la nouvelle grille. Pour les représentants syndicaux, seule une véritable négociation peut désamorcer le conflit. Mais les ondes ne sont pas les seules menacées. France Télévisions traverse elle aussi une rentrée sous haute tension. Le 9 juillet, Delphine Ernotte a annoncé la dénonciation de l’accord collectif de 2013, qui fixe les règles de travail et les métiers, une décision qui a pris de court une partie des salariés. Si cette remise à plat répond à un engagement pris devant l’Arcom, les syndicats parlent d’une « brutalité » qui ouvre une ère de confrontation.
Des finances sous pression
À ces tensions sociales s’ajoute une équation budgétaire de plus en plus difficile. Radio France comme France Télévisions anticipent des déficits en fin d’année – respectivement 5,3 millions et plus de 70 millions d’euros. Pire, l’été a révélé une coupe supplémentaire attendue pour 2026 : près de 65 millions de moins pour France Télévisions et plus de 4 millions pour Radio France. Cette rigueur forcée entraîne déjà des choix douloureux. À France Télévisions, plusieurs émissions disparaissent (« Questions pour un champion » en semaine, « Slam » le week-end, « C Médiatique »), et les producteurs ont été sommés de réduire leurs factures de 5 %, soit 15 millions d’euros d’économies espérées. Objectif : limiter le déficit de 2025 à 57 millions. Radio France, de son côté, redoute un nouvel affaiblissement de ses ambitions éditoriales après une décennie de restrictions. La direction de France Télévisions rappelle pourtant qu’elle doit maintenir 440 millions d’euros d’investissements annuels dans la création (cinéma, fiction, documentaire, animation). Mais la logique d’austérité, prévient le management, pourrait finir par « casser la machine ». Un constat qui rejoint celui de nombreux syndicalistes : à force de coupes successives, l’État pousse ses propres médias publics au bord de la rupture.