Le label d’Etat Tourisme et handicap encore trop discret, exemple dans l’Hérault
Le label d’Etat Tourisme et handicap encore trop discret, exemple dans l’Hérault

Dans un département aussi touristique que l’Hérault, seules 115 structures arborent aujourd’hui le label « Tourisme & Handicap ». Un chiffre jugé insuffisant par les acteurs de terrain, qui déplorent un manque de visibilité et de compréhension de ce repère pourtant essentiel à l’inclusion. Créée en 2001, cette distinction ne se limite pas au respect de la loi sur l’accessibilité : elle certifie un accueil adapté et une autonomie réelle pour les personnes en situation de handicap, qu’il soit moteur, visuel, auditif ou mental. Contrairement aux idées reçues, obtenir le label ne se résume pas à installer une rampe. Les établissements doivent être parfaitement conformes à la réglementation et satisfaire 75 % des critères spécifiques pour au moins deux types de handicap. Une exigence renforcée par une évaluation menée en binôme : un technicien du tourisme et un représentant directement concerné. Résultat : chaque détail est scruté à l’aune de l’expérience vécue. Une salle d’eau aux normes peut s’avérer inutilisable si les commandes sont inaccessibles en fauteuil. Un sol jugé praticable devient un piège pour les roues. C’est ce regard d’usage, et non d’ingénierie, que défendent les binômes d’évaluateurs.

Des initiatives locales saluées, mais encore isolées

Dans ce paysage encore trop restreint, certains musées font figure d’exemples. À Villetelle, le musée d’Ambrussum s’est vu attribuer le label pour les quatre handicaps, grâce à une politique d’accessibilité poussée : vidéos en langue des signes, maquettes tactiles, livrets en braille et en FALC (Facile à lire et à comprendre), fauteuils tout-terrain et même une application de réalité virtuelle pour pallier les zones inaccessibles du site. À Lunel, le musée Médard mise sur les sens : visites tactiles et olfactives, audiodescription, cartels en gros caractères… Des gestes simples, mais concrets, pensés avec les publics concernés. Pourtant, ces initiatives restent isolées. Stéphanie Bigeard, présidente de l’association Occibulle, dénonce une focalisation sur le handicap moteur, au détriment des troubles invisibles. Bruit, lumière, files d’attente, pictogrammes absents : autant d’obstacles qui passent sous les radars, mais qui suffisent à transformer une sortie en épreuve. Elle réclame un véritable « guide Michelin de l’inclusion », pour rendre enfin lisible une offre aujourd’hui fragmentée.

Un effort collectif encore à construire

Côté institutionnel, Hérault Tourisme multiplie les accompagnements gratuits, les diagnostics et les formations. Mais la technicienne Murielle Sanz en est convaincue : le principal obstacle reste la méconnaissance. Trop d’acteurs pensent encore que l’accessibilité est secondaire, technique, ou qu’elle ne les concerne pas. Or, comme le rappellent les médiatrices culturelles du territoire, ce qui est conçu pour une personne aveugle, autiste ou en fauteuil profite aussi aux enfants, aux personnes âgées ou aux visiteurs étrangers. Rendre un lieu accessible, ce n’est pas le rendre spécial. C’est permettre à chacun d’y vivre la même expérience. Une exigence d’égalité, mais aussi une promesse de qualité. À condition que le label, aujourd’hui discret, devienne demain un réflexe partagé.

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