Kamel Daoud visé par deux mandats d’arrêt internationaux émis par l’Algérie
Kamel Daoud visé par deux mandats d’arrêt internationaux émis par l’Algérie

L’auteur de Houris, prix Goncourt 2024, est accusé par Alger d’avoir exploité une histoire réelle sans consentement. Il dénonce une manœuvre politique.

Des poursuites algériennes à l’encontre d’un écrivain franco-algérien récompensé

L’Algérie a délivré deux mandats d’arrêt internationaux à l’encontre de Kamel Daoud, écrivain franco-algérien récemment couronné par le prix Goncourt pour son roman Houris. L’information a été confirmée le mercredi 7 mai par le porte-parole du ministère français des Affaires étrangères, Christophe Lemoine, qui a précisé que la France suivrait cette affaire « avec attention » et a rappelé son attachement à la liberté d’expression, soulignant que M. Daoud était « un auteur reconnu et respecté ».

Ces mandats, émis respectivement en mars et début mai 2025 selon Radio France, font suite à deux plaintes algériennes. La première provient de Saâda Arbane, une femme qui accuse l’écrivain et son épouse psychiatre d’avoir utilisé son histoire personnelle à son insu. Cette femme, rescapée d’un massacre durant la guerre civile algérienne des années 1990, estime que son passé a été transposé dans le personnage principal du roman sans son accord. L’autre plainte, émise par l’Organisation nationale des victimes du terrorisme, l’accuse de diffamation collective. Le Monde, qui a eu accès à la procédure, précise que la justice algérienne invoque le code de procédure pénale pour justifier ces mandats, applicables en cas de fuite ou de résidence à l’étranger du mis en cause.

Une œuvre jugée dérangeante par Alger

Paru chez Gallimard, Houris évoque la destinée d’Aube, une jeune femme mutique ayant survécu à une tentative d’égorgement par un islamiste le 31 décembre 1999. Le roman, qui plonge dans les traumas de la décennie noire algérienne, ne peut être publié sur le territoire algérien, en vertu d’une loi interdisant tout récit sur cette période sans autorisation préalable. Dans une tribune publiée en décembre 2024 dans Le Point, Kamel Daoud assurait que son livre n’était pas une biographie déguisée de Mme Arbane : « À part la blessure apparente, il n’y a aucun point commun entre la tragédie insoutenable de cette femme et le personnage Aube ».

L’écrivain, qui conteste les poursuites en France et en Algérie, estime que ces actions visent à « faire taire » une voix critique du régime. Selon son avocate Jacqueline Laffont-Haïk, interrogée par l’AFP, les mandats d’arrêt sont « politiques » et ne viseraient qu’à réduire au silence un auteur engagé. Elle prévoit de saisir « sans délai » la commission de contrôle des fichiers d’Interpol pour empêcher la diffusion des mandats. Une première audience dans le volet français de l’affaire, concernant une plainte pour atteinte à la vie privée, s’est tenue ce mercredi 7 mai au tribunal judiciaire de Paris.

Cette affaire intervient dans un climat déjà tendu entre Alger et Paris, marqué notamment par le cas de Boualem Sansal, autre écrivain binationaux poursuivi en Algérie.

Partager