Sur les côtes normandes, le recul du littoral et la violence accrue des tempêtes laissent apparaître un passé oublié mais inquiétant : d’anciennes décharges sauvages, parfois enfouies depuis des décennies sous le sable, refont surface. À Vicq-sur-Mer (Manche), un vaste chantier de dépollution a été lancé pour évacuer ces tonnes de détritus, témoins d’une époque où les déchets étaient laissés aux abords des plages.
À Réthoville, une plage de sable fin idyllique située dans le Cotentin, des riverains et promeneurs ont découvert en 2020 une véritable décharge à ciel ouvert. Machines à laver rouillées, plastiques dégradés, pneus usagés, déchets ménagers, mais aussi débris industriels potentiellement toxiques, dont de l’amiante, se retrouvent éparpillés sur le littoral.
Le phénomène ne concerne pas seulement cette commune : plusieurs plages normandes sont victimes du même phénomène. La raison ? Jusqu’en 1995, il était toléré d’évacuer les déchets entre les terres agricoles et la mer, une pratique courante des années 1960 et 1970, aujourd’hui inimaginable. Avec l’érosion, ces dépôts longtemps oubliés réapparaissent.
« Nos aînés avaient l’habitude de jeter leurs détritus en bord de mer car le trait de côte était bien plus étendu qu’aujourd’hui », explique Dominique Hauchecorne, maire de Vicq-sur-Mer. « On avait souvent oublié ces dépôts, car le sable les avait recouverts. »
Face à cette situation préoccupante, des chantiers de dépollution ont été lancés ici et là pour évacuer ces déchets envahissants. Le travail est complexe et coûteux, car il ne s’agit pas simplement de retirer les détritus visibles, mais aussi de gérer les déchets dangereux qui pourraient contaminer l’environnement.
Dans le Cotentin, ces opérations nécessitent des moyens conséquents : pelleteuses, analyses de sols, tri des déchets et évacuation dans des centres de traitement adaptés. Certaines collectivités commencent même à cartographier ces anciennes décharges pour anticiper les futures découvertes liées à l’érosion du littoral.
Si la Normandie est particulièrement touchée, d’autres régions côtières françaises sont concernées par ces décharges oubliées : Bretagne, Pays de la Loire, Hauts-de-France… partout où la mer gagne du terrain, ces sites refont surface. À l’heure du combat contre la pollution plastique et la préservation des océans, cette situation rappelle l’urgence d’une gestion plus responsable des déchets.
Les collectivités locales, soutenues par l’État et certaines associations environnementales, devront donc redoubler d’efforts pour effacer ces stigmates du passé, tout en renforçant les mesures de protection du littoral contre l’érosion.