Défense - la France décroche 16,2 milliards d’euros de prêts bonifiés européens @wikipedia commons
Défense - la France décroche 16,2 milliards d’euros de prêts bonifiés européens @wikipedia commons

En pleine crise politique à Paris, une bouffée d’air financier se profile pour l’armée française. La Commission européenne a validé, mardi 9 septembre, la répartition de son nouveau fonds de soutien à la défense, le Security Action for Europe (SAFE), doté de 150 milliards d’euros. La France figure parmi les principaux bénéficiaires, avec 16,2 milliards d’euros de prêts bonifiés, au même niveau que la Hongrie. Objectif : moderniser ses équipements dans des domaines jugés stratégiques, des systèmes antiaériens aux drones en passant par la cybersécurité.

Un mécanisme pensé pour mutualiser les achats

Le principe est simple : l’Union européenne emprunte sur les marchés à des conditions plus favorables que certains de ses États membres, et redistribue ces fonds sous forme de prêts. En échange, les pays concernés doivent s’engager à acheter des matériels conçus en Europe et à passer commande avec au moins un autre État membre. Cette logique vise à renforcer l’interopérabilité des armées, mais aussi à soutenir la base industrielle de défense du continent. Chaque pays devra préciser d’ici novembre ses projets d’achat et ses partenaires. Les premiers décaissements interviendront début 2026. La Pologne sort grande gagnante de l’opération, avec 43,7 milliards d’euros alloués. Suivent la Roumanie (16,7 milliards), la France et la Hongrie (16,2 milliards chacune), puis l’Italie (14,9 milliards) et la Belgique (8,3 milliards). Les États disposant déjà de conditions d’emprunt favorables, comme l’Allemagne ou les Pays-Bas, ont décliné l’offre.

Accélérer le réarmement européen

Ce plan s’inscrit dans une dynamique d’accélération des dépenses militaires en Europe. Selon l’Agence européenne de défense, les investissements dans de nouveaux matériels ont bondi de 39 % en 2024, atteignant 88 milliards d’euros. SAFE doit permettre de franchir le seuil symbolique des 100 milliards d’euros dès 2025 et de consolider l’effort budgétaire des Vingt-Sept en 2026 et 2027. Pour Bruxelles, l’enjeu dépasse la seule modernisation des armées nationales. Le dispositif pourra aussi être utilisé pour renforcer l’aide militaire à l’Ukraine, à condition d’acheter des équipements produits en Europe ou sur le sol ukrainien. Ursula von der Leyen et son commissaire à la défense, Andrius Kubilius, voient dans ce fonds un « succès historique », matérialisant en moins de six mois la promesse d’un effort collectif de réarmement. Au-delà de SAFE, la Commission propose déjà une nouvelle étape : gonfler massivement le budget de l’Union pour la période 2028-2034, avec 131 milliards d’euros prévus pour la défense et l’espace, soit cinq fois plus que l’enveloppe actuelle. Une ambition qui, si elle se concrétise, marquerait un tournant décisif dans la construction d’une véritable Europe de la défense.

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