À Lure, petite commune de 8 000 habitants en Haute-Saône, la tension est palpable. Karim Mohamed-Aggad, 34 ans, frère de l’un des kamikazes du Bataclan, est assigné à résidence dans cette ville depuis juin 2024. Une décision prise par le ministère de l’Intérieur qui suscite une véritable « psychose naissante », selon le maire socialiste de la commune, Éric Houlley.
Condamné en 2017 pour « association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste » après un séjour en Syrie, puis déchu de sa nationalité française en novembre 2023, Karim Mohamed-Aggad se trouve dans une impasse administrative. Ni l’Algérie ni le Maroc ne délivrent les laissez-passer nécessaires à son expulsion. En attendant, il est logé dans un hôtel, sous contrôle strict, devant pointer trois fois par jour à la gendarmerie et respecter un couvre-feu de 21 heures à 7 heures.
Le maire dénonce le manque de réactivité de l’État face aux inquiétudes des habitants. « Les gens ont la trouille. Ils ne comprennent pas pourquoi leur ville tranquille est prise en otage », déclare-t-il. Il demande une rotation des lieux de résidence pour éviter de concentrer les tensions à Lure. Malgré les alertes répétées, il affirme s’être heurté à « l’inertie de l’État ».
Karim Mohamed-Aggad, aujourd’hui apatride, incarne un cas complexe dans les relations entre Paris, Alger et Rabat. Les autorités marocaines refusent de l’accueillir, arguant qu’il n’est pas officiellement enregistré. L’Algérie, avec qui les tensions diplomatiques persistent, adopte une posture similaire. Ce blocage juridique aggrave la frustration locale et nourrit des critiques politiques, comme celle de Jordan Bardella, président du Rassemblement national, qui dénonce une « bombe à retardement » sur le territoire.
Face à la situation, le maire appelle à des mesures urgentes pour protéger la tranquillité des habitants. « L’État ne se montre pas à la hauteur », conclut-il, estimant que la fermeté et l’efficacité doivent primer pour éviter une escalade de la panique dans sa commune.