Accusé de harcèlement, l’avocat Antoine Vey face à la colère de ses ex-collaborateurs 
Accusé de harcèlement, l’avocat Antoine Vey face à la colère de ses ex-collaborateurs 

Ils dénoncent une omerta institutionnelle. Quatre anciens collaborateurs d’Antoine Vey, célèbre pénaliste parisien, fustigent dans une lettre ouverte le rôle de l’Ordre des avocats, accusé de contribuer à « étouffer des pratiques professionnelles d’un autre temps ». Visé par une audience disciplinaire et une information judiciaire, l’avocat, ancien associé d’Éric Dupond-Moretti, est au cœur d’un dossier explosif mêlant accusations de harcèlement, procédures opaques et règlements de comptes publics.

Une audience à huis clos, des plaignantes évincées

Hier mercredi 21 mai, l’audience disciplinaire s’est tenue à huis clos, à la demande d’Antoine Vey. Les plaignantes, elles, n’ont pu y assister que quelques minutes. Leurs avocats dénoncent une exclusion pure et simple de débats portant pourtant sur leurs propres plaintes. Elles assurent n’avoir eu accès ni aux pièces du dossier, ni à leurs procès-verbaux d’audition, ni à l’assistance d’un conseil lors des confrontations. Les critiques s’étendent au fonctionnement même de la juridiction disciplinaire du barreau de Paris, jugée archaïque, opaque, voire complice. Selon une des plaignantes, ce sont plus de vingt anciens collaborateurs, salariés ou stagiaires, qui auraient rapporté des comportements discriminants, sexistes ou relevant du harcèlement sur une période de dix ans.

Guerre de récits et bataille médiatique

Du côté de la défense, l’entourage de Maître Vey parle de « mise en scène » et de « stratégie de nuisance ». L’avocat Emmanuel Marsigny affirme que les plaignantes « connaissent parfaitement la procédure » et auraient volontairement quitté l’audience pour médiatiser leur action. Des accusations balayées par les intéressées, qui dénoncent un discours complotiste. L’affaire dépasse le seul cadre disciplinaire. Une information judiciaire est en cours, confiée à deux juges d’instruction, après une enquête préliminaire menée par la BRDP depuis janvier 2024. En mars 2023, Libération avait déjà publié une série de témoignages accablants contre Antoine Vey. Depuis, le malaise grandit au sein de la profession, où l’affaire interroge autant sur les pratiques individuelles que sur les silences collectifs.

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