La start-up indienne Skyroot Aerospace a réussi samedi le premier lancement orbital d’une fusée privée indienne, faisant de l’Inde le troisième pays au monde, après les États-Unis et la Chine, à disposer d’une telle capacité dans le secteur privé.
La fusée Vikram-1 a décollé à 12h05 heure locale (06h35 GMT) depuis la base de lancement de l’Organisation indienne de recherche spatiale (Isro) à Sriharikota, dans le sud du pays. En seize minutes, l’engin de sept étages a parcouru 450 kilomètres pour atteindre l’orbite basse terrestre. « Vikram-1 Test Flight-1 a atteint l’orbite… L’histoire est faite », a publié la société sur X.
Skyroot Aerospace, fondée en 2018 par Pawan Kumar Chandana et Naga Bharath Daka, deux anciens ingénieurs de l’Isro, est devenue récemment la première licorne indienne du secteur spatial après avoir atteint une valorisation de 1,1 milliard de dollars. La fusée, baptisée en hommage à Vikram Sarabhai, considéré comme le père du programme spatial indien, peut emporter des charges utiles allant jusqu’à 350 kilogrammes.
La mission, baptisée Aagman (« arrivée » en sanskrit), a placé en orbite six charges utiles. Parmi elles figurent des instruments scientifiques : un bras robotique destiné à retirer des débris spatiaux, une caméra d’observation terrestre et plusieurs satellites, dont un appartenant à une entreprise allemande. Deux charges symboliques ont également suscité l’attention en Inde : un lotus en diamants de synthèse et une minuscule fusée en or ornée de micro-sculptures représentant trois grandes figures scientifiques indiennes, chacune de la taille d’un grain de riz. Ces sculptures rendent hommage au physicien CV Raman, lauréat du prix Nobel, à l’ancien président et ingénieur aérospatial APJ Abdul Kalam, ainsi qu’à Sarabhai lui-même.
L’ambition de Skyroot est de proposer ce que Chandana appelle un « service de taxi vers l’espace ». Aujourd’hui, explique-t-il, l’accès à l’orbite constitue « un goulot d’étranglement majeur, les opérateurs de satellites attendant souvent des mois, voire des années, pour une opportunité de lancement ». Son modèle vise à offrir des missions dédiées aux petites charges utiles, permettant aux clients de réserver un lancement adapté à leur satellite et à l’orbite souhaitée, plutôt que de partager la place sur de grandes fusées aux horaires fixes. « Si vous voulez juste aller chez un ami, vous n’avez pas besoin d’un train, vous réservez un taxi, un Uber », illustre-t-il.
Ce modèle s’apparente à celui de l’américain Rocket Lab, spécialisé dans les lanceurs légers. L’usine de Skyroot, installée à Hyderabad, dans le sud de l’Inde, est capable de produire une fusée par mois selon son PDG. Samedi marque le premier des deux vols d’essai prévus cette année avant un lancement commercial en 2026.
Le secteur spatial indien a été ouvert aux entreprises privées en 2020, avec l’objectif de porter la part du pays dans le marché mondial de 2 % actuellement à 10 % d’ici 2030. Depuis, plus de 400 start-up spatiales ont vu le jour en Inde, mais Skyroot reste la seule licorne du secteur. La société avait déjà marqué les esprits en novembre 2022 en lançant la première fusée suborbitaleprivée indienne. Chandana estime que 70 à 80 % de son marché sera international, ciblant des satellites au service de l’agriculture, de la gestion des catastrophes, des communications ou de la sécurité nationale.
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