Amnesty International UK a retiré un rapport dans lequel Beira’s Place, le centre d’aide aux victimes de violences sexuelles créé par J.K. Rowling, figurait parmi 117 organisations présentées comme appartenant à un mouvement « anti-droits ». L’ONG a reconnu que le document avait été publié sans passer par ses procédures habituelles de vérification et a présenté ses excuses après les menaces de poursuites pour diffamation formulées par les avocats de la structure.
Beira’s Place placé sur une liste de 117 organisations
Intitulé A Growing Threat: The Anti-Rights Movement in the UK, le rapport avait été mis en ligne au début du mois de juillet. Amnesty International UK y décrivait le développement au Royaume-Uni d’un mouvement organisé visant, selon elle, les droits des femmes et des personnes LGBT+. Le document recensait 117 associations, médias, organisations religieuses ou groupes militants. Beira’s Place apparaissait dans la catégorie des structures qualifiées de « critiques du genre », aux côtés notamment de For Women Scotland et du groupe de réflexion Murray Blackburn Mackenzie. Fondé en 2022 à Édimbourg par J.K. Rowling, Beira’s Place accompagne les femmes âgées de 16 ans et plus ayant subi des violences sexuelles. Le centre intervient à Édimbourg et dans la région des Lothians et se présente comme un espace sécurisé exclusivement réservé aux femmes.
Le caractère exclusivement féminin du centre contesté
L’inscription de Beira’s Place reposait notamment sur son choix de proposer un accompagnement uniquement aux femmes biologiques. Lors de sa création, J.K. Rowling avait expliqué vouloir répondre aux besoins de victimes souhaitant recevoir une aide pensée et assurée par des femmes après des violences commises par des hommes. Amnesty estimait plus largement que certaines organisations défendant une définition du sexe fondée sur la biologie contribuaient à une dégradation des droits des personnes LGBT+. Le rapport associait notamment cette évolution à l’arrêt rendu en avril 2025 par la Cour suprême britannique, qui avait établi que les termes « femme » et « sexe » employés dans l’Equality Act devaient être compris comme désignant le sexe biologique.
Une qualification jugée « profondément offensante »
La direction de Beira’s Place a immédiatement dénoncé sa présence dans le rapport. Sa directrice générale, Lesley Johnston, a rappelé que l’établissement avait été créé pour répondre à l’absence d’un service non mixte destiné aux femmes victimes de violences masculines.
« Il est inexplicable que Beira’s Place ait été inscrit comme une organisation anti-droits dans un rapport publié par Amnesty International. C’est profondément offensant pour les salariés qui travaillent chaque jour auprès des survivantes, ainsi que pour les femmes qui ont besoin de notre service et qui l’utilisent », a-t-elle déclaré.
Les avocats du centre ont accusé Amnesty International UK d’avoir porté atteinte à sa réputation. Ils ont réclamé des excuses publiques, le retrait définitif du rapport et l’ouverture d’un examen externe destiné à déterminer comment un tel document avait pu être publié. Ils ont également menacé l’ONG d’une procédure pour diffamation en l’absence de réponse satisfaisante.
Amnesty reconnaît une publication sans validation interne
Face aux protestations, Amnesty International UK a supprimé le rapport de son site. L’organisation a reconnu que le texte avait été mis en ligne sans suivre les procédures internes chargées de garantir l’exactitude des informations et leur conformité avec ses positions officielles.
« Nous regrettons que cette note ait été publiée sur notre site internet sans être passée par les procédures internes établies afin d’assurer la cohérence, l’exactitude et l’alignement avec les positions d’Amnesty International UK », a indiqué l’organisation. Amnesty a ajouté que le vocabulaire employé dans le document ne reflétait pas sa position officielle. L’ONG a assuré rester engagée dans la défense des droits des femmes comme de ceux des personnes transgenres et a affirmé qu’aucune communauté ne devait faire l’objet d’un traitement injuste.
J.K. Rowling propose de financer les procédures
J.K. Rowling a qualifié la liste publiée par Amnesty de « liste noire ». L’autrice de Harry Potter a proposé aux autres organisations visées d’obtenir une aide financière par l’intermédiaire du J.K. Rowling Women’s Fund afin de couvrir leurs éventuels frais de justice. Elle avait déjà vivement réagi à la publication du document, accusant Amnesty d’écarter les droits des femmes, des filles et des personnes homosexuelles défendant des espaces fondés sur le sexe biologique. Après le retrait du rapport, elle a estimé que l’affaire révélait une hostilité durable de la branche britannique de l’ONG envers les associations défendant les droits liés au sexe.
Amnesty saisit elle-même le régulateur britannique
Amnesty International UK a transmis une déclaration d’incident grave à la Charity Commission, l’autorité chargée de contrôler les organisations caritatives en Angleterre et au pays de Galles. La commission a confirmé avoir reçu plusieurs signalements ainsi que la déclaration de l’ONG. Elle examine désormais les faits afin de déterminer si une intervention réglementaire est nécessaire. Aucune enquête formelle n’a pour le moment été ouverte.