Une étude menée par le Weill Cornell Medicine de New York relance le débat sur l’impact de certains acides gras dans l’alimentation moderne. Les chercheurs ont mis en lumière un lien possible entre l’acide linoléique, un acide gras omniprésent dans les huiles végétales, et la progression d’un type agressif de cancer du sein. Des résultats à manier avec précaution, selon plusieurs spécialistes.
Un acide gras omniprésent dans l’alimentation moderne
L’acide linoléique est un acide gras polyinsaturé de la famille des oméga-6, abondamment présent dans des huiles comme celles de soja, de tournesol ou de maïs. Ces huiles sont largement utilisées dans les produits transformés et les cuissons industrielles. Si cet acide gras est dit « essentiel », l’organisme ne pouvant le produire, son surdosage dans les régimes occidentaux contemporains soulève des questions.
C’est justement sur cet ingrédient que s’est penchée une équipe de chercheurs new-yorkais, dirigée par le Dr John Blenis, en collaboration avec le centre de cancérologie Sandra and Edward Meyer. Dans leur étude publiée dans Nature en 2024, les scientifiques ont observé que l’acide linoléique stimule la croissance des cellules cancéreuses dans un sous-type de cancer du sein appelé cancer triple négatif.
Un mécanisme biologique identifié chez l’animal
Ce type de cancer, qui représente environ 15 % des cancers du sein, est caractérisé par l’absence des trois récepteurs hormonaux majeurs (œstrogène, progestérone et HER2), ce qui limite les options thérapeutiques. Dans des modèles murins, un régime enrichi en acide linoléique a conduit au développement de tumeurs plus volumineuses et agressives.
L’étude a mis en évidence un mécanisme d’action précis : l’acide linoléique se lie à une protéine appelée FABP5 (fatty acid-binding protein 5), particulièrement exprimée dans les cellules cancéreuses de ce type. Cette interaction active la voie mTORC1, un régulateur central de la croissance cellulaire, bien connu pour son rôle dans de nombreuses maladies, dont le cancer.
Des résultats encore à confirmer chez l’humain
Si les données issues de modèles animaux sont préoccupantes, leur transposition à l’homme reste délicate. Chez certaines patientes atteintes de cancer du sein triple négatif, les chercheurs ont observé des niveaux élevés d’acide linoléique et de FABP5 dans le sang, ce qui conforte la validité biologique de l’étude. Mais ces observations ne permettent pas d’établir une causalité directe.
D’autres travaux, notamment une méta-analyse de 2023 incluant 14 études et plus de 350 000 femmes, n’avaient trouvé aucun lien significatif entre la consommation d’acide linoléique et le risque global de cancer du sein. Certaines recherches antérieures ont même suggéré un effet protecteur modéré, ce qui souligne à quel point le contexte biologique et génétique est crucial.
Un problème d’équilibre dans notre alimentation
L’acide linoléique n’est pas en soi néfaste. Il joue un rôle essentiel dans la construction des membranes cellulaires et la santé de la peau. Toutefois, le ratio oméga-6 / oméga-3, souvent déséquilibré dans nos régimes modernes, pourrait favoriser l’inflammation chronique, un terrain connu pour être propice à de nombreuses maladies chroniques, dont les cancers, les maladies cardiovasculaires ou le diabète de type 2.
L’Organisation mondiale de la santé et le World Cancer Research Fund recommandent une alimentation variée, riche en produits non transformés, et insistent sur l’importance du maintien d’un poids de santé, l’obésité étant un facteur de risque majeur de cancer.
Ne pas tomber dans l’alarmisme
Comme souvent, la simplification excessive des résultats scientifiques dans certains médias peut semer confusion et anxiété. L’étude du Weill Cornell Medicine met en évidence une piste biologique sérieuse, mais elle ne remet pas en cause la consommation raisonnée des huiles végétales. Le cancer est une maladie multifactorielle. Le régime alimentaire n’en est qu’un des déterminants, aux côtés de la génétique, de l’environnement ou encore du mode de vie, rappellent les scientifiques. La prudence reste donc de mise, même si ces travaux ouvrent la voie à une meilleure compréhension des interactions entre graisses alimentaires et certains types de cancer…