Le recours à l’interruption volontaire de grossesse continue de diminuer à Mayotte. En 2025, le taux s’établit à 18,9 IVG pour 1 000 femmes âgées de 15 à 49 ans, contre 22,1 pour 1 000 en 2022, selon les données de la Drees. Il s’agit de la troisième année consécutive de baisse. Mayotte demeure ainsi le département ultramarin où le recours à l’avortement est le plus faible, avec un niveau désormais proche de celui observé dans l’Hexagone, où le taux atteint 17,2 pour 1 000 femmes. À l’inverse, les autres DROM affichent des niveaux nettement plus élevés, notamment la Guadeloupe, qui atteint 49,3 pour 1 000.
Cette baisse doit toutefois être interprétée avec prudence. Un recul du taux d’IVG peut traduire une diminution des grossesses non désirées, mais il peut aussi être influencé par les conditions d’accès aux soins. À Mayotte, le système de santé reste soumis à de fortes tensions, avec une offre médicale plus réduite qu’en métropole et des difficultés d’accès à certains professionnels. Cette situation se retrouve dans le lieu de réalisation des IVG : alors que 47 % des interruptions de grossesse sont pratiquées hors établissement de santé en France en 2025, cette proportion tombe à environ 30 % à Mayotte.
Une pratique encore largement concentrée à l’hôpital
L’IVG médicamenteuse peut pourtant être réalisée en cabinet de ville, dans certains centres de santé ou en établissement hospitalier. La faiblesse du recours hors hôpital à Mayotte traduit en partie le manque de professionnels libéraux en mesure de pratiquer ces actes. La Drees souligne d’ailleurs que les territoires où les IVG sont davantage réalisées en ville sont souvent ceux où les praticiens sont plus nombreux à être conventionnés pour cette activité. Cette différence d’offre peut allonger les parcours et limiter le choix des femmes entre les différentes méthodes.
Le contraste avec le reste du pays est d’autant plus marqué que l’IVG médicamenteuse occupe désormais une place dominante en France. Elle représente la grande majorité des interruptions volontaires de grossesse et accompagne une progression du recours en médecine de ville. À Mayotte, cette évolution est plus lente, ce qui maintient une forte dépendance aux structures hospitalières. Dans un territoire marqué par les difficultés de déplacement et la saturation de certains services, cette concentration peut compliquer l’accès rapide à une prise en charge.
Les mineures et les IVG tardives restent un point de vigilance
Mayotte se distingue également par le recours à l’IVG chez les mineures. En 2025, le taux atteint 11,7 pour 1 000, soit environ deux fois la moyenne nationale de 5,8 pour 1 000. Même s’il reste inférieur à celui enregistré dans les autres DROM, cet écart avec la moyenne française demeure important. Les questions d’accès à la contraception, d’information sur la sexualité et de prévention restent donc particulièrement sensibles chez les adolescentes du territoire.
Autre spécificité, Mayotte affiche la plus forte proportion d’IVG réalisées tardivement parmi les départements français. 8,6 % des avortements y sont pratiqués entre 12 et 14 semaines de grossesse, contre 5,9 % au niveau national. Plusieurs facteurs peuvent expliquer cette situation, notamment une découverte plus tardive de la grossesse, des délais de rendez-vous ou des difficultés d’accès aux professionnels. La baisse globale du recours à l’IVG ne suffit donc pas à résumer la situation mahoraise : les indicateurs concernant les mineures, les délais de prise en charge et le faible développement des IVG hors hôpital montrent que l’accès effectif aux soins demeure un enjeu central.

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