SANTÉ

Guyane : le CHU de Cayenne privé d’eau, les soignants alertent sur les risques pour les patients

Guyane : le CHU de Cayenne privé d'eau, les soignants alertent sur les risques pour les patients
Guyane : le CHU de Cayenne privé d'eau, les soignants alertent sur les risques pour les patients

Le centre hospitalier universitaire de Guyane, sur son site de Cayenne, traverse une nouvelle crise majeure d’approvisionnement en eau. Depuis samedi 24 octobre 2026 en fin de journée, l’établissement subit des interruptions successives qui perturbent le fonctionnement de plusieurs services essentiels, notamment la réanimation néonatale, les blocs opératoires et les salles d’accouchement. Des soignants dénoncent des conditions de travail particulièrement préoccupantes et s’inquiètent des conséquences possibles pour la sécurité des patients. Face à la situation, la direction du CHU a activé une cellule de crise dimanche matin et mis en place un approvisionnement exceptionnel en eau. Les sapeurs-pompiers participent au remplissage des réserves de l’hôpital, tandis que les autorités ont activé le centre opérationnel zonal pour coordonner les interventions. Cette nouvelle coupure intervient après plusieurs incidents similaires depuis le début de l’année, soulevant des interrogations sur la fiabilité des infrastructures d’alimentation en eau et la capacité de l’établissement à garantir la continuité des soins.

L’alerte a été donnée par plusieurs professionnels de santé confrontés à des difficultés importantes dans leurs services. Un membre du personnel de réanimation néonatale a notamment décrit une situation particulièrement éprouvante pour les équipes. Selon son témoignage recueilli dimanche, l’eau aurait été coupée samedi entre 18 heures et minuit, avant de revenir temporairement dans la nuit. Mais dimanche matin, à la prise de service de 8 heures, les robinets étaient de nouveau à sec. Le professionnel explique que ses collègues ont dû assurer une garde dans des conditions très difficiles, avec des possibilités limitées de respecter les procédures habituelles d’hygiène. La situation est particulièrement sensible dans les unités accueillant des nouveau-nés prématurés, dont les défenses immunitaires sont encore fragiles. Les soins prodigués dans ces services nécessitent des précautions strictes afin de limiter les risques de transmission de micro-organismes. Le personnel affirme que les petites quantités d’eau distribuées dans certains secteurs ne suffisent pas à répondre à l’ensemble des besoins. Des difficultés comparables ont été signalées dans les blocs opératoires et les salles d’accouchement. Au lactarium, où sont préparés les biberons destinés aux nourrissons, une auxiliaire de puériculture a également fait part de ses inquiétudes. Si des bouteilles d’eau minérale sont disponibles pour certaines préparations, l’absence d’eau courante complique le nettoyage du matériel et l’application des protocoles de lavage des mains. Ces témoignages ne permettent pas d’établir qu’une contamination s’est produite, mais ils révèlent les difficultés rencontrées par les professionnels pour maintenir les conditions sanitaires habituelles. Dans un établissement hospitalier, l’eau ne sert pas uniquement à la consommation. Elle intervient dans le nettoyage des locaux, la désinfection, la préparation de certains équipements, le fonctionnement des installations techniques et plusieurs activités médicales. Une interruption prolongée peut donc affecter simultanément de nombreux services, y compris ceux qui prennent en charge les patients les plus vulnérables.

Une cellule de crise activée pour maintenir les soins essentiels

Face à l’ampleur des perturbations, la direction du CHU de Guyane a confirmé dimanche 25 octobre avoir déclenché un fonctionnement exceptionnel. Une cellule de crise a été réunie dès 10 heures afin d’organiser la continuité des soins et de répartir les ressources disponibles. Dans un communiqué, l’établissement évoque des interruptions successives de son alimentation en eau et précise avoir mis en place un mode dégradé d’approvisionnement. Des bouteilles d’eau potable ont été distribuées aux patients et aux professionnels pour les besoins de consommation. Les services considérés comme prioritaires, notamment la réanimation, la dialyse, la stérilisation et les laboratoires, doivent bénéficier d’un approvisionnement spécifique en eau osmosée, indispensable à certaines activités médicales. La direction a également indiqué que les séances d’hémodialyse prévues lundi 26 octobre étaient maintenues. Cette annonce constitue un élément important pour les patients concernés, dont les traitements ne peuvent être interrompus sans conséquences potentielles sur leur santé. En parallèle, les deux cuves de réserve du CHU sont régulièrement réapprovisionnées par le Service départemental d’incendie et de secours. Les pompiers jouent ainsi un rôle essentiel dans la sécurisation temporaire de l’établissement. Le centre opérationnel zonal a été activé dimanche à 16 heures, réunissant notamment les services de la préfecture, la mairie de Cayenne, l’Agence régionale de santé, la direction hospitalière, la Société guyanaise des eaux et la sécurité civile. Cette coordination doit permettre d’identifier les causes des interruptions, de mobiliser les moyens techniques disponibles et de définir les priorités de distribution. Les autorités doivent également déterminer les conditions d’un rétablissement durable de l’approvisionnement. À ce stade, les éléments communiqués ne permettent pas de préciser quand le fonctionnement normal de l’ensemble du site pourra être garanti. La direction hospitalière doit donc continuer à adapter son organisation aux quantités d’eau effectivement disponibles, en veillant particulièrement aux services où les exigences sanitaires sont les plus importantes.

Cette crise intervient dans un contexte déjà marqué par plusieurs incidents d’approvisionnement en eau depuis le début de l’année. En février 2026, le site de Cayenne avait été confronté à une interruption importante, provoquée notamment par des coupures d’électricité ayant perturbé le fonctionnement des installations de la Société guyanaise des eaux. Les activités de dialyse et de chirurgie avaient alors été particulièrement affectées. Les sapeurs-pompiers avaient dû intervenir pour remplir les réserves de l’hôpital, notamment des bâches de stockage de 20 et 25 mètres cubes. À l’époque, la direction avait évoqué la nécessité d’étudier des solutions permettant de renforcer l’autonomie du site en cas de nouvelle défaillance du réseau. L’établissement consomme environ 300 mètres cubes d’eau par jour, un volume considérable qui rend difficile une alimentation prolongée par de simples distributions de bouteilles ou des livraisons ponctuelles. Pour Christophe Bouriat, directeur du centre hospitalier de Cayenne, la répétition de ces incidents soulève désormais des interrogations sur la gestion de l’approvisionnement en eau potable en Guyane. Il a rappelé qu’il s’agissait de la troisième coupure affectant l’hôpital en 2026, soulignant que les patients étaient les premières victimes de ces perturbations. La question d’éventuels actes de malveillance a également été évoquée, sans qu’une responsabilité précise soit établie dans les éléments disponibles. Le syndicat UTG-SGDE, actuellement engagé dans un mouvement de grève au sein de la Société guyanaise des eaux, a formellement démenti toute implication dans les coupures. Son représentant Alain Balum a affirmé qu’aucune consigne syndicale n’avait été donnée pour provoquer de telles perturbations. Il convient donc de distinguer les difficultés constatées sur le réseau, les hypothèses évoquées sur leur origine et les responsabilités qui pourraient être établies ultérieurement. Au-delà de l’urgence immédiate, cette nouvelle interruption met en évidence un enjeu structurel pour la Guyane : la nécessité de disposer d’infrastructures suffisamment fiables pour assurer l’approvisionnement continu des établissements de santé. L’augmentation des capacités de stockage, la sécurisation des installations électriques et la mise en place de solutions de secours plus autonomes figurent parmi les pistes susceptibles d’être examinées. Pour les professionnels du CHU, la priorité demeure toutefois immédiate : retrouver un accès stable à l’eau afin de garantir des conditions d’hygiène adaptées et de poursuivre les soins sans exposer les patients à des risques supplémentaires. Après plusieurs crises en quelques mois, la question n’est plus seulement celle du rétablissement du réseau, mais celle de la prévention de nouvelles interruptions dans un établissement indispensable à la population guyanaise.

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