Sur Internet, tout s’achète ou presque. Même ce que la loi française refuse de voir devenir une marchandise: les spermatozoïdes. En France, la vente et l’achat de gamètes sont formellement interdits, au nom d’un principe cardinal de la bioéthique, la gratuité, indissociable de l’anonymat et d’un cadre sanitaire strict. Le don de sperme n’existe légalement que dans l’Assistance Médicale à la Procréation (AMP), au sein d’un établissement autorisé, loin des petites annonces et des arrangements entre inconnus.
Or, les propositions de « don artisanal » pullulent, avec leur vocabulaire faussement rassurant et leurs promesses rapides. Ces pratiques sont illégales, même sans rémunération, car elles contournent les règles de sécurité, la traçabilité et l’encadrement médical. Sur le papier, le risque est double: sanitaire d’abord, avec l’absence de garanties sur les dépistages, la conservation ou la qualité des échantillons; juridique ensuite, car la filière se situe hors du cadre prévu par la loi, et l’improvisation, dans ces matières-là, se paie souvent cher.
Derrière les « paillettes » venues d’ailleurs, une zone grise très encadrée
Derrière les « paillettes » venues d’ailleurs, une zone grise très encadrée Autre porte d’entrée du contournement: des banques privées implantées à l’étranger qui vendent en ligne des paillettes de sperme congelé pour des inséminations dites artisanales. La pratique est présentée comme simple, presque domestique. Elle ne l’est pas. En France, l’importation de spermatozoïdes n’est possible que dans des cas très précis, pour répondre à un besoin spécifique d’un couple, et uniquement via un laboratoire autorisé au titre de l’AMP, avec une autorisation préalable de l’Agence de la biomédecine. Le cadre est étroit, volontairement, parce qu’il engage la santé, la filiation et la confiance dans le système.
La sanction, elle, ne laisse guère de place à l’interprétation. Le Code pénal prévoit jusqu’à cinq ans d’emprisonnement et 75 000 euros d’amende pour « le fait d’obtenir des gamètes contre un paiement » ou d’en faciliter l’obtention, quelle qu’en soit la forme. Dans un pays où la demande d’AMP est forte et les délais parfois lourds, la tentation du raccourci existe, presque mécanique. Reste une réalité têtue : quand le vivant devient un produit, les dérives suivent, et les autorités sanitaires comme judiciaires gardent l’œil ouvert sur ce marché parallèle qui cherche sans cesse la prochaine brèche.
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