Découverte de cellules graisseuses dans l'abdomen pouvant percer le mystère de l'obésité
White adipose tissue, light micrograph and 3D illustration, hematoxilin and eosin staining, magnification 100x. Fat cells (adipocytes) have large lipid droplet which remains unstained

Une équipe de scientifiques a découvert des sous-types uniques de cellules graisseuses dans le corps humain. En analysant leurs fonctions, ils ont constaté que ces cellules pourraient jouer un rôle dans l’obésité, selon un article publié sur Live Science, relayant une étude parue dans la revue Nature Genetics.

Les scientifiques affirment que cette nouvelle recherche pourrait théoriquement ouvrir la voie à de nouveaux traitements pour atténuer les effets de l’obésité, comme l’inflammation ou la résistance à l’insuline.

La chercheuse Esti Yeger-Lotem, professeure de biologie computationnelle à l’Université Ben Gourion et co-autrice de l’étude, a déclaré que la découverte de ces sous-types de cellules graisseuses était « extrêmement surprenante » et ouvrait de nombreuses perspectives de recherches futures.

Les résultats indiquent que les cellules graisseuses sont « beaucoup plus variées et complexes que nous ne le pensions auparavant », a déclaré Daniel Berry, professeur en sciences de la nutrition à l’Université Cornell, qui n’a pas participé à l’étude, dans un courriel adressé à Live Science.

Un rôle bien plus large des cellules adipeuses

Au cours des dernières décennies, la recherche a montré que le tissu adipeux ne se contente pas simplement de stocker l’énergie excédentaire dans le corps. Par exemple, les cellules graisseuses, appelées aussi adipocytes, interagissent avec les cellules immunitaires pour communiquer avec le cerveau, les muscles et le foie. Cela contribue à réguler l’appétit, le métabolisme et le poids corporel. De plus, ces cellules jouent un rôle clé dans diverses maladies.

« Si quelque chose ne fonctionne pas correctement dans le tissu adipeux, cela affecte d’autres parties du corps », a expliqué Yeger-Lotem.

Les scientifiques savent depuis longtemps que l’accumulation de graisse corporelle est associée à un risque accru de développer des problèmes de santé. Toutefois, un mystère persistait : toutes les graisses ne sont pas équivalentes.

Les graisses viscérales et leur impact sur la santé

Les graisses viscérales, situées dans l’abdomen à proximité des organes internes, présentent un risque accru de divers problèmes de santé par rapport aux graisses sous-cutanées, qui se trouvent sous la peau. Par exemple, une accumulation excessive de graisse viscérale est associée à un risque accru de crises cardiaques, d’accidents vasculaires cérébraux, de diabète, de résistance à l’insuline et de maladies du foie. Des études indiquent également que la graisse viscérale est plus « inflammatoire » que la graisse sous-cutanée, ce qui pourrait contribuer aux complications liées à l’obésité.

Un atlas des cellules adipeuses

Pour mieux comprendre ce qui se passe au sein du tissu adipeux, les chercheurs ont cartographié un « atlas cellulaire » des cellules graisseuses dans le cadre du projet mondial Human Cell Atlas, qui vise à recenser toutes les cellules du corps humain.

Cette cartographie a été réalisée grâce à une technologie appelée séquençage de l’ARN unicellulaire (snRNA-seq), qui permet d’identifier les gènes actifs et leur niveau d’expression en analysant l’ARN, une molécule étroitement liée à l’ADN. L’ARN joue un rôle crucial dans la production des protéines en transmettant les instructions génétiques de l’ADN aux structures de synthèse des protéines dans la cellule. En étudiant l’ARN dans le noyau des cellules extraites du tissu adipeux, les chercheurs ont obtenu des indices sur les fonctions spécifiques de chaque cellule.

Des cellules graisseuses « non classiques »

Les chercheurs ont examiné des échantillons de graisse sous-cutanée et viscérale prélevés sur 15 patients lors d’interventions chirurgicales abdominales programmées. La plupart des cellules graisseuses étaient « classiques », c’est-à-dire principalement dédiées au stockage de l’énergie excédentaire. Cependant, un petit pourcentage des cellules adipeuses étaient qualifiées de « non classiques », leur profil ARN suggérant qu’elles remplissent des fonctions inhabituelles pour des cellules graisseuses.

Parmi elles, on trouve :

  • Les adipocytes angiogéniques, qui portent des protéines favorisant la formation de nouveaux vaisseaux sanguins ;
  • Les adipocytes immuno-associés, qui produisent des protéines liées aux fonctions immunitaires ;
  • Les adipocytes liés à la matrice extracellulaire, qui interagissent avec des protéines structurales soutenant l’architecture cellulaire.

Ces sous-types cellulaires, présents à la fois dans la graisse viscérale et sous-cutanée, ont été confirmés par des observations microscopiques.

L’équilibre métabolique en jeu

Niklas Mejhert, professeur d’endocrinologie à l’Institut Karolinska en Suède, qui n’a pas participé à l’étude, a déclaré dans un courriel à Live Science que cette approche avancée du séquençage snRNA « indique que ces cellules pourraient jouer un rôle dans le remodelage du tissu adipeux ». Le remodelage désigne ici la manière dont le tissu adipeux se modifie en réponse aux fluctuations de poids ou aux changements métaboliques. Selon Mejhert, un remodelage « sain » permet de maintenir un équilibre métabolique, tandis qu’un dysfonctionnement peut entraîner une inflammation et aggraver les problèmes de santé liés à l’obésité.

Un lien avec les cellules immunitaires

L’étude a également révélé des différences dans la composition des nouveaux types cellulaires selon la région où ils ont été prélevés. Yeger-Lotem a souligné que les cellules graisseuses non classiques issues de la graisse viscérale semblent avoir une interaction plus étroite avec le système immunitaire que celles provenant de la graisse sous-cutanée. Cette connexion avec les cellules immunitaires pourrait expliquer pourquoi la graisse abdominale est plus nuisible pour la santé.

De plus, les chercheurs ont observé que les donneurs de tissus adipeux présentant une résistance élevée à l’insuline avaient une concentration plus importante de ces cellules non classiques dans la graisse viscérale, par rapport aux personnes ayant une résistance à l’insuline plus faible.

Vers une meilleure compréhension des maladies humaines

Yeger-Lotem a déclaré que si ces sous-types de cellules graisseuses pouvaient être reliés à des maladies humaines, mieux comprendre leur fonctionnement pourrait « aider à combattre les processus inflammatoires ». Elle a ajouté que ces découvertes pourraient aider les médecins à prédire le risque de résistance à l’insuline chez les personnes obèses, à condition de pouvoir établir toutes les connexions nécessaires.

Cependant, Berry a mis en garde contre le fait que l’étude repose sur un échantillon relativement réduit et qu’elle suggère plutôt qu’elle ne prouve que ces cellules graisseuses remplissent ces fonctions inhabituelles. Néanmoins, il estime que « ces découvertes mettent en lumière l’importance de comprendre les comportements uniques des différents dépôts de graisse pour développer des traitements ciblés contre l’obésité et les maladies associées ».

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