Le groupe SEB, propriétaire de la marque Tefal, est la cible d’une plainte déposée au parquet de Paris par trois organisations non gouvernementales, France Nature Environnement , Générations Futures et l’Association Citoyenne et Laïque des Consommateurs, pour «pratiques commerciales trompeuses».
Les ONG accusent le fabricant d’avoir induit les consommateurs en erreur via une campagne publicitaire lancée en 2024, ainsi qu’une série de contenus encore en ligne sur le site officiel de Tefal, affirmant que ses poêles antiadhésives sont « sûres » car elles contiennent du PTFE (polytétrafluoroéthylène), communément appelé Téflon, et non du PFOA (acide perfluorooctanoïque), une autre substance de la famille des PFAS, interdite en Europe depuis 2020.
Une communication jugée mensongère
Selon la plainte, cette communication élude les risques environnementaux et sanitaires liés à l’utilisation de PTFE, notamment les rejets de microparticules dans l’environnement au cours du cycle de vie du produit (fabrication, usage, fin de vie). Dans leur communiqué, les ONG affirment que « le groupe omet de mentionner les impacts potentiels du PTFE, pourtant bien documentés, sur la santé humaine et les écosystèmes ». Anne Roques, juriste chez FNE, dénonce : « Il est inadmissible de communiquer de cette manière alors que la santé des populations, particulièrement des travailleuses et travailleurs, et de l’environnement est en jeu. Tefal doit rendre compte et être sanctionné. »
Les éléments scientifiques cités dans la plainte
Les plaignants s’appuient notamment sur les évaluations du Centre international de recherche sur le cancer , une agence de l’OMS. Le CIRC a indiqué en avril 2024 qu’il ne dispose pas de données suffisantes pour classer le PTFE comme cancérogène, tout en ne concluant pas à son innocuité, nuance souvent ignorée par les campagnes marketing du groupe SEB.
Autre point avancé : une étude sud-coréenne publiée en novembre 2023 dans la revue Environmental Pollution (DOI : 10.1016/j.envpol.2023.122678) a démontré que des microparticules de PTFE, générées par l’usage de poêles antiadhésives, peuvent induire des effets inflammatoires et des altérations cellulaires, notamment au niveau des poumons et du foie chez les modèles animaux utilisés.
Le contexte législatif français
En avril 2024, l’Assemblée nationale a adopté une proposition de loi portée par le groupe Écologiste-NUPES, visant à restreindre la fabrication et la commercialisation de produits contenant des PFAS (per- et polyfluoroalkylées), surnommés « polluants éternels » pour leur persistance dans les milieux naturels et leur accumulation dans les organismes vivants. Malgré une forte mobilisation citoyenne et plusieurs alertes scientifiques, les ustensiles de cuisine ont été explicitement exclus du champ d’application de la loi, sous la pression du lobby industriel, dont SEB/Tefal faisait partie. La loi a été promulguée en février 2025.
Des risques de cancers, de troubles hormonaux, d’atteintes rénales et hépathiques
Les PFAS regroupent plus de 4 000 composés chimiques utilisés depuis les années 1940 dans de nombreux produits pour leurs propriétés antiadhésives, hydrofuges et résistantes à la chaleur. Ils sont présents dans des textiles imperméables, emballages alimentaires, mousses anti-incendie, produits cosmétiques, et bien sûr, revêtements antiadhésifs de poêles.
De nombreuses études, dont celles menées par l’EPA américaine, l’ANSES (France) ou encore l’ECHA (Agence européenne des produits chimiques), ont établi des liens entre exposition aux PFAS et des effets toxiques multiples : cancers, troubles hormonaux, perturbations immunitaires, atteintes rénales et hépatiques, etc.
Sollicité à plusieurs reprises depuis avril 2024, le groupe SEB n’a pas fourni de commentaires sur le fond des accusations, se contentant de rappeler que ses produits respectent la réglementation européenne en vigueur et que le PTFE est autorisé par les agences sanitaires.