Chlordécone : plus de 80 % des habitants de Guadeloupe et de Martinique restent contaminés
Chlordécone : plus de 80 % des habitants de Guadeloupe et de Martinique restent contaminés

Plus de trente ans après son interdiction, le chlordécone continue de marquer profondément les Antilles françaises. Selon une nouvelle étude de Santé publique France publiée ce 24 juin, 81,3 % des adultes en Guadeloupe et 85,5 % en Martinique présentent encore des traces détectables de ce pesticide dans leur sang. L’enquête Kannari 2, menée auprès de plus de 2 300 personnes, révèle également qu’environ un habitant sur six dépasse le seuil sanitaire de référence fixé par les autorités, un niveau à partir duquel des effets sur la santé ne peuvent être exclus.

Une pollution persistante malgré l’interdiction

Utilisé massivement dans les bananeraies entre 1972 et 1993 pour lutter contre le charançon du bananier, le chlordécone est aujourd’hui considéré comme l’un des plus grands scandales sanitaires français. Bien qu’interdit depuis plus de trois décennies, ce pesticide demeure fortement présent dans les sols, les rivières et les zones côtières des Antilles. Sa persistance exceptionnelle inquiète les scientifiques : certaines études estiment qu’il pourrait rester jusqu’à 600 ans dans les terres contaminées.

L’étude montre que la contamination varie fortement selon les habitudes alimentaires et le lieu de résidence. Les personnes vivant dans des zones contaminées ou consommant régulièrement des poissons, crustacés et mollusques locaux affichent des taux d’imprégnation nettement plus élevés. Les pêcheurs et les agriculteurs figurent parmi les catégories les plus exposées. L’âge constitue également un facteur important, les personnes de plus de 50 ans présentant généralement des concentrations supérieures à celles des générations plus jeunes.

Quelques jours après la confirmation du non-lieu dans le volet pénal du dossier par la cour d’appel de Paris, les associations de victimes continuent de réclamer justice et réparation. Une mission interministérielle est actuellement à l’œuvre en Martinique et en Guadeloupe afin de préparer un dispositif d’indemnisation des victimes, conformément à la récente loi Califer qui reconnaît la responsabilité de l’État dans ce scandale sanitaire majeur.

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