Sébastien Chabal se confie sur ses troubles de mémoire: « Je n’ai aucun souvenir de mes matchs »
Sebastien Chabal

L’ancienne icône du rugby français, Sébastien Chabal, a livré un témoignage poignant sur les séquelles invisibles de sa carrière dans l’émission Legend animée par Guillaume Pley. Dans cet entretien sans filtre, l’ancien international du XV de France a évoqué de sérieux troubles de la mémoire qui affectent aujourd’hui sa vie quotidienne, une décennie après la fin de sa carrière professionnelle. « Je n’ai aucun souvenir d’une seule seconde d’un match de rugby que j’ai joué. Et je ne me souviens pas d’une seule des 62 Marseillaises que j’ai vécues », a confié Chabal, visiblement ému.

Des séquelles persistantes dans un sport à haut risque

Sébastien Chabal, 46 ans, connu pour sa puissance et sa crinière légendaire, a porté le maillot du XV de France à 62 reprises entre 2000 et 2011, participant notamment aux Tournois des Six Nations remportés en 2006 et 2007, et à la Coupe du monde 2007. Mais derrière l’image du colosse, l’ancien troisième-ligne révèle aujourd’hui une mémoire lacunaire, probablement liée aux commotions cérébrales, un phénomène de plus en plus surveillé dans le rugby professionnel.

« Beaucoup d’actions sont réalisées par des collectifs, parce qu’il y a ‘le pâté qui a touché la moelle’, comme on dit dans le milieu », a-t-il expliqué, usant d’une expression imagée du jargon rugbystique.

Si la Fédération française de rugby et World Rugby ont renforcé depuis plusieurs années les protocoles de détection et de traitement des commotions, les anciens joueurs touchés par des troubles cognitifs post-carrière restent nombreux, souvent silencieux. Chabal, lui, semble résigné : « Aller voir un médecin, pour quoi faire ? La mémoire ne reviendra pas… »

Une vie en pointillés

Les pertes de mémoire de Chabal ne se limitent pas à sa carrière sportive. L’ancien joueur de Bourgoin, du Racing 92 ou encore de Sale Sharks avoue ne pas se souvenir de moments aussi marquants que la naissance de sa fille. « J’ai quelques souvenirs d’enfance, mais encore. Je pense que c’est parce qu’on me les a racontés », confie-t-il. « J’ai l’impression de vivre ma vie à la troisième personne. Je dis souvent à ma femme que je n’ai pas le sentiment que c’était moi qui jouais au rugby. »

Cette perte d’identité, mêlée à un syndrome de l’imposteur qu’il ressent encore aujourd’hui, confère à son témoignage une dimension particulièrement bouleversante.

Le rugby professionnel, un sport à risques

Sébastien Chabal n’est pas un cas isolé. Ces dernières années, plusieurs anciens rugbymen professionnels – notamment en Angleterre et en Nouvelle-Zélande – ont porté plainte contre leurs fédérations, dénonçant un manque de prise en charge des risques neurologiques liés aux chocs répétés. En France, si le débat reste moins médiatisé, des voix commencent à s’élever pour une meilleure prévention et un suivi médical post-carrière renforcé. Sébastien Chabal, désormais consultant pour Canal+ lors des journées de Top 14, reste actif dans le monde du rugby. Mais son témoignage alerte sur le prix silencieux payé par les joueurs, bien après le coup de sifflet final.

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