Derrière les écrans, une nouvelle brigade d’enquêteurs traque les arnaqueurs qui pullulent sur les réseaux sociaux. Sous pseudo, on infiltre les groupes Telegram et Snapchat où se vendent faux arrêts maladie et ordonnances falsifiées. On interagit avec les fraudeurs pour les identifier et remonter les filières, grâce au tout nouveau pôle interrégional des enquêteurs judiciaires (PIEJ) de la Caisse primaire d’Assurance maladie (CPAM).
Mis en place en 2024, ces six pôles, répartis à Paris, Lille ou encore Marseille, comptent 60 agents spécialisés. Leur mission : démanteler les réseaux organisés et stopper les fraudes qui dépassent souvent les 100 000 euros de préjudice. Dotés de pouvoirs similaires à ceux de la police judiciaire, ils peuvent infiltrer les conversations en ligne et mener des investigations sous couverture.
Avec des pertes estimées à 628 millions d’euros en 2024, la fraude explose, notamment dans le secteur de la santé. Pharmaciens, audioprothésistes et infirmiers peu scrupuleux surfacturent des actes non réalisés, tandis que des escrocs anonymes vendent de fausses ordonnances pour des médicaments onéreux, parfois revendus à l’étranger.
Pas besoin d’aller sur le darknet pour dénicher ces arnaques. En quelques minutes de recherche, on tombe sur des annonces de faux documents vendus entre 10 et 50 euros. Il ne reste plus qu’à payer via PayPal et utiliser l’ordonnance dans une pharmacie peu vigilante. Avec les outils numériques à leur disposition, les enquêteurs doivent non seulement identifier les coupables, mais aussi relier les acheteurs aux vendeurs pour qualifier l’infraction en « bande organisée », passible de lourdes sanctions.
Parallèlement, la CPAM peut compter sur les signalements des professionnels de santé. Une fausse ordonnance repérée dans une officine peut se retrouver dupliquée des dizaines de fois en quelques heures. Cela peut concerner des traitements à plusieurs milliers d’euros, notamment contre le cancer ou la sclérose en plaques.
Grâce à des algorithmes, les agents détectent aussi les comportements suspects dans leurs bases de données. Un infirmier dont les remboursements explosent ou une pharmacie qui facture anormalement des traitements hors de prix déclenche une alerte et peut faire l’objet d’un contrôle approfondi.
En 2025, l’Assurance maladie compte bien renforcer encore son arsenal. Avec ses agents spécialisés dans la lutte contre la fraude, elle espère contrer les nouvelles formes d’escroquerie qui se développent à l’ère numérique.