Réouverture de l’enquête sur le ‘suicide’ de Krisztina Rády, ex-compagne de Bertrand Cantat. Le chanteur dans le viseur de la justice
Réouverture de l’enquête sur le ‘suicide’ de Krisztina Rády, ex-compagne de Bertrand Cantat. Le chanteur dans le viseur de la justice

La justice française a décidé de rouvrir l’enquête sur les circonstances de la mort de Krisztina Rády, survenue en janvier 2010 à Bordeaux. Cette décision fait suite à une plainte visant Bertrand Cantat, ex-leader du groupe Noir Désir, pour violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner. Une infraction qui, en droit, peut être assimilée à la notion de suicide forcé, encore juridiquement floue mais prise de plus en plus au sérieux dans les affaires de violences conjugales.

Un parcours marqué par la culture et l’engagement artistique

Née le 23 août 1968 à Budapest, Krisztina Rády était traductrice littéraire, dramaturge et organisatrice d’événements culturels. Très active dans les échanges franco-hongrois, elle a dirigé l’Institut hongrois de Paris de 2005 à 2008. Elle avait épousé Bertrand Cantat en 1997, avec qui elle a eu deux enfants. Le couple avait divorcé en 2002, mais continuait de vivre sous le même toit au moment du drame.

Une mort officiellement qualifiée de suicide

Le 10 janvier 2010, Krisztina Rády est retrouvée pendue dans son domicile bordelais. L’autopsie conclut à un suicide. Cependant, rapidement après sa mort, des proches et des voix publiques soulignent un contexte de souffrance psychologique que la victime aurait subi. Une lettre d’adieu, retrouvée par les enquêteurs et rédigée en français, n’a pas été rendue publique dans son intégralité, par respect pour sa famille. Mais selon L’Obs, qui a pu consulter le document, Krisztina y fait mention de « cris incessants », de reproches constants de la part de Cantat, et d’un climat familial lourd. Elle y évoque aussi des trahisons subies dans son entourage, notamment de la part de l’épouse d’un ancien membre de Noir Désir.

Les premières accusations publiques des parents de la défunte

Le 22 novembre 2012, dans un entretien accordé à Paris Match, les parents de Krisztina Rády déclarent publiquement que leur fille aurait été victime de violences psychologiques et physiques après la sortie de prison de Bertrand Cantat. Celui-ci, libéré en 2007 après avoir purgé quatre ans de prison pour les coups ayant entraîné la mort de Marie Trintignant en 2003, a toujours nié tout comportement violent envers Rády. Par la voix de ses avocats Olivier Metzner et Aurélien Hamelle, il porte plainte contre l’hebdomadaire pour diffamation et atteinte à la vie privée, en raison de la publication de photographies de sa fille mineure.

Témoignages internes à Noir Désir et enquête avortée en 2018

En novembre 2017, Le Point publie un article affirmant que des membres de l’entourage de Noir Désir accusaient Bertrand Cantat de violences conjugales répétées à l’égard de Krisztina Rády. Parmi eux, l’ancien batteur du groupe, Denis Barthe, aurait exprimé un malaise persistant à l’égard de l’attitude du chanteur. Cantat engage alors une nouvelle action en justice contre Le Point, mais le tribunal retient l’excuse de bonne foi du journal, qui n’est pas condamné.

Une enquête préliminaire avait été ouverte en 2018 à la suite de ces nouvelles accusations, mais elle avait été classée sans suite, faute d’éléments permettant de faire un lien direct entre le suicide de Krisztina Rády et d’éventuelles violences antérieures.

Une réouverture dans un contexte de sensibilisation accrue aux féminicides

En 2024, un dépôt de plainte relance le dossier sous la qualification pénale de violences ayant potentiellement conduit au suicide. Le parquet de Bordeaux confirme la réouverture du dossier, sans préciser les éléments nouveaux sur lesquels s’appuie cette décision. Cette relance judiciaire intervient alors que la question du suicide sous emprise conjugale est de plus en plus reconnue dans les milieux judiciaires et militants.

La mort de Krisztina Rády, inhumée dans le cimetière de Moustey dans les Landes, demeure l’objet de nombreuses interrogations. Si elle avait publiquement déclaré, de son vivant, n’avoir jamais subi de violences de la part de Bertrand Cantat, des éléments posthumes, notamment la lettre retrouvée et les témoignages de proches, viennent aujourd’hui raviver les soupçons sur un climat psychologique possiblement destructeur…

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