POLITIQUE

« Agent de la CIA ? » : AJ+ exhume le passé trouble de Raphaël Glucksmann

« Agent de la CIA ? » : AJ+ exhume le passé trouble de Raphaël Glucksmann
« Agent de la CIA ? » : AJ+ exhume le passé trouble de Raphaël Glucksmann

AJ+ français a choisi un angle particulièrement brutal pour s’attaquer à Raphaël Glucksmann. Dans une vidéo publiée sur ses réseaux sociaux, le média du groupe Al Jazeera pose directement la question : « Raphaël Glucksmann serait-il un agent de la CIA ? » Et d’enfoncer le clou : « Le candidat à la présidentielle Raphaël Glucksmann défend les États-Unis et leurs positions depuis 25 ans. Peut-on se dire de gauche et être constamment aligné avec la politique extérieure américaine ? » Une attaque frontale, qui remet surtout en lumière les nombreuses interrogations entourant depuis des années le parcours international du patron de Place publique.

De Tbilissi à Kiev, un parcours au cœur des révolutions pro-occidentales

Car l’accusation d’être un « agent américain », régulièrement lancée contre Raphaël Glucksmann par ses adversaires, ne tombe pas complètement du ciel. Elle repose sur une trajectoire politique pour le moins singulière. Avant de devenir en 2019 eurodéputé puis prétendant à l’Élysée, Glucksmann a passé plusieurs années au cœur du pouvoir géorgien, auprès du très pro-occidental ex-président Mikheïl Saakachvili. Entre 2009 et 2012, il est son conseiller spécial, travaillant directement dans l’environnement présidentiel et sous contrat avec le Conseil national de sécurité géorgien, institution chargée de coordonner notamment les affaires étrangères, la défense et les services de renseignement.

Un simple communicant ? Difficilement. Plusieurs récits de ses années géorgiennes décrivent au contraire un homme omniprésent auprès du président, participant aux discussions stratégiques, au lobbying international de Tbilissi et aux efforts du régime pour renforcer son ancrage occidental. Le journaliste d’investigation Marc Endeweld a notamment documenté son implication dans des réunions concernant la modernisation de matériels militaires géorgiens et des discussions avec différents intermédiaires de l’industrie de défense. Glucksmann se présentait lui-même à cette époque comme un « consultant en révolution ». Une formule qui, rétrospectivement, prend une coloration particulière.

Son tropisme occidental apparaît encore plus nettement lorsqu’on reconstitue son itinéraire dans l’espace postsoviétique. En 2004, il se trouve déjà à Kiev pendant la révolution orange, où il rencontre Saakachvili. Après la défaite politique de celui-ci en Géorgie, Glucksmann retourne en Ukraine et soutient les manifestations d’Euromaïdan, mouvement qui aboutira en 2014 à la chute de Viktor Ianoukovitch et au basculement durable de l’Ukraine dans le camp occidental. En moins d’une décennie, Raphaël Glucksmann aura donc été présent autour de plusieurs des grands bouleversements géopolitiques ayant permis le recul de l’influence russe en Europe orientale.

Raphaël Glucksmann et Mikheil Saakashvili au debut des années 2000

À cela s’ajoute son ancienne épouse, Eka Zgouladze, figure importante de l’appareil d’État géorgien sous Saakachvili. Vice-ministre puis brièvement ministre de l’Intérieur de Géorgie, elle rejoint ensuite elle aussi l’Ukraine après Maïdan. Naturalisée ukrainienne, elle devient première vice-ministre de l’Intérieur à Kiev. Là encore, aucun de ces éléments ne prouve l’existence d’un quelconque lien organique entre Glucksmann et la CIA. Mais ils expliquent pourquoi, depuis des années, ses opposants voient en lui bien davantage qu’un simple intellectuel français passionné par les démocraties de l’Est.

Son positionnement idéologique nourrit évidemment ces soupçons. De l’Irak aux révolutions postsoviétiques, de la Géorgie à l’Ukraine, Raphaël Glucksmann appartient depuis longtemps à cette gauche française profondément atlantiste, favorable à une politique étrangère dure vis-à-vis de Moscou et généralement alignée sur les grandes orientations stratégiques occidentales. Il évoluait déjà dans les années 2000 dans les cercles intellectuels français favorables à l’interventionnisme occidental, aux côtés de personnalités ayant soutenu l’intervention américaine en Irak. C’est précisément ce long historique qu’AJ+ choisit aujourd’hui d’exhumer.

Le grand-père agent à l’Est, le petit-fils agent à l’Ouest ?

Et puisque l’histoire ne manque pas d’ironie, être accusé de travailler pour une puissance étrangère serait presque une vieille tradition chez les Glucksmann. À une différence près, et elle est de taille : concernant Raphaël Glucksmann et la CIA, l’accusation n’est étayée par aucune preuve publique ; concernant son grand-père, en revanche, l’espionnage est bien documenté.

C’est Raphaël Glucksmann lui-même qui l’a découvert à l’occasion du documentaire Les Glucksmann, une histoire de famille, diffusé en 2026 sur Public Sénat. Son grand-père, Joseph Glucksmann, avait travaillé comme espion pour les services soviétiques de l’URSS de Staline. Né dans une famille juive austro-hongroise, devenu marxiste et antisioniste après son passage en Palestine, il fut finalement expulsé d’Angleterre vers le Canada en 1940. Il disparaît cette même année lors du torpillage du navire qui le transportait.

Une révélation qui avait surpris Raphaël Glucksmann lui-même. « J’aimerais bien m’asseoir avec lui et écouter son histoire », confiait-il dans le documentaire. Son père, André Glucksmann, suivra lui aussi, dans sa jeunesse, un parcours politique profondément marqué par le communisme : militant maoïste avant de devenir l’un des intellectuels français les plus férocement anticommunistes, il finira même par soutenir Nicolas Sarkozy lors de l’élection présidentielle de 2007.

De l’espion soviétique du grand-père aux accusations d’agent américain visant aujourd’hui le petit-fils, la géopolitique semble décidément poursuivre la famille Glucksmann.

De l’ombre de Washington à la course à l’Élysée

Ce qui est en revanche documenté, c’est l’extraordinaire parcours international de ce dernier : conseiller au sommet de l’État géorgien, engagé dans les révolutions pro-occidentales de l’espace postsoviétique, présent à Kiev, partisan constant d’un rapprochement avec Washington et l’OTAN et adversaire résolu de l’influence russe. De quoi alimenter depuis des années les suspicions, auxquelles AJ+ vient aujourd’hui offrir une exposition supplémentaire.

Reste une question politique, et c’est finalement celle que pose AJ+ : pourquoi le parcours international de celui qui veut aujourd’hui incarner la gauche française a-t-il si longtemps été traité comme un détail biographique ? Conseiller d’un président géorgien au cœur d’un État tourné vers Washington et l’Otan, acteur de réseaux de lobbying, proche des révolutions pro-occidentales en Géorgie et en Ukraine, militant de longue date contre l’influence russe : l’itinéraire de Raphaël Glucksmann est tout sauf banal.

AJ+ a donc choisi la formule la plus explosive possible pour rouvrir le dossier : « agent de la CIA ? » La réponse factuelle reste qu’aucun élément public ne permet aujourd’hui de l’affirmer clairement. Mais derrière une accusation impossible à établir se trouve un passé politique et géopolitique bien documenté, dont les zones grises, les réseaux et les engagements devraient désormais être examinés avec d’autant plus d’attention que Raphaël Glucksmann ambitionne de devenir président de la République française.

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