L’Iran traverse une sécheresse d’une gravité sans précédent, et les autorités redoutent désormais que Téhéran, mégapole de plus de 10 millions d’habitants, ne devienne bientôt inhabitable. Le président Massoud Pezeshkian a averti que, sans pluie d’ici décembre, la capitale pourrait être confrontée à un rationnement total, voire à une évacuation partielle.
« Même si nous rationnons l’eau et qu’il ne pleut toujours pas, nous n’aurons plus rien. Les citoyens devront quitter Téhéran », a-t-il déclaré le 6 novembre. Cet avertissement fait écho aux inquiétudes croissantes d’un gouvernement déjà fragilisé par les sanctions économiques et les tensions internes. En 2021, des pénuries similaires avaient déclenché de violentes manifestations dans le sud du pays, notamment dans la province du Khuzestan.
La crise actuelle n’est pas uniquement liée au manque de précipitations. Des décennies de mauvaise gestion, marquées par la construction excessive de barrages, le forage illégal de puits et des pratiques agricoles inefficaces, ont profondément épuisé les nappes phréatiques. Selon les experts iraniens, la situation est aggravée par la surconsommation : 70 % des habitants de Téhéran dépassent les 130 litres d’eau recommandés par jour.
Les autorités affirment qu’aucun rationnement officiel n’a encore été instauré, mais reconnaissent que la pression de l’eau est désormais réduite la nuit dans plusieurs quartiers, parfois jusqu’à l’interruption complète du service. Les réservoirs de la capitale sont remplis à moitié, et le barrage Amir Kabir, principale source d’alimentation, ne fonctionne plus qu’à 8 % de sa capacité. Si la consommation reste inchangée, les réserves pourraient être épuisées d’ici deux semaines.
Partout dans le pays, les témoignages se multiplient. À Téhéran, des familles n’ont plus d’eau courante pendant la nuit, se contentant de bouteilles pour se laver ou cuisiner. À Mashhad, deuxième ville d’Iran, les réserves sont tombées sous la barre des 3 %, plongeant des millions d’habitants dans une précarité hydrique extrême. « C’est une épreuve après l’autre : un jour il n’y a pas d’eau, le lendemain pas d’électricité », raconte Shahla, institutrice à Téhéran.
Les autorités imputent la crise aux effets du changement climatique, mais la population accuse une gestion défaillante et la politisation des institutions environnementales. Face à l’urgence, le gouvernement tente de transférer de l’eau depuis d’autres provinces et de baisser la pression dans les réseaux, tandis que certains responsables religieux appellent à « prier pour la pluie », renouant avec d’anciennes traditions.
Pour de nombreux Iraniens, ces mesures ne sont que des palliatifs. « C’est trop peu, trop tard. Ils ne font que promettre sans agir », déplore un universitaire d’Ispahan. En attendant, les réservoirs se vident et les robinets de Téhéran continuent de se tarir, symbole d’une crise environnementale et politique qui menace désormais la survie même de la capitale iranienne.