La proposition de loi du sénateur LR Laurent Duplomb, qui vise à réautoriser certains pesticides interdits, suscite une levée de boucliers dans le monde scientifique. Plus d’un millier de chercheurs, médecins et soignants, accompagnés d’associations comme Médecins du monde et Alerte des médecins sur les pesticides, ont signé une lettre ouverte adressée à quatre ministères (Santé, Agriculture, Travail et Transition écologique) pour demander le rejet pur et simple de ce texte. Adoptée au Sénat le 27 janvier, la proposition est examinée depuis hier mardi 6 mai à l’Assemblée nationale. Le texte prévoit notamment de revenir sur l’interdiction des insecticides néonicotinoïdes – souvent appelés « tueurs d’abeilles » – et d’affaiblir le rôle de l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses), en hiérarchisant ses travaux selon des critères économiques, et non sanitaires ou environnementaux. Il introduit également la possibilité pour les industriels de commenter les décisions de refus d’autorisation de mise sur le marché.
Des substances jugées nocives, une expertise fragilisée
Les scientifiques rappellent que les néonicotinoïdes ont été interdits en France dès 2016 en raison de leurs effets avérés sur les pollinisateurs et sur la santé humaine. Selon un avis de l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) daté de 2024, l’un des NNI encore autorisés, l’acétamipride, suscite de vives inquiétudes en matière de neurotoxicité développementale. Le flupyradifurone n’a toujours pas été évalué sur son potentiel perturbateur endocrinien, malgré des recommandations européennes en ce sens. Quant au sulfoxaflor, il a fait l’objet d’une décision de justice récente pour défaut d’évaluation des risques à long terme sur les abeilles. Le comité de déontologie de l’Anses et la Conférence nationale de santé ont également tiré la sonnette d’alarme, dénonçant une atteinte à l’indépendance de l’expertise scientifique. Pour les signataires de la lettre, adopter une telle loi reviendrait à reléguer les alertes sanitaires au second plan, au profit d’intérêts agricoles et industriels à court terme. L’issue des discussions à l’Assemblée nationale reste incertaine, mais le monde scientifique appelle solennellement le gouvernement à ne pas céder aux pressions politiques.