Alors que les blocages de lycées sont déjà accompagnés dans plusieurs villes de dégradations, d’affrontements et de centaines d’interpellations, l’Union Étudiante a diffusé auprès de lycéens un véritable mode d’emploi destiné à ceux qui souhaitent bloquer leur établissement. Un document en cinq étapes, diffusé dans le cadre de la mobilisation menée avec l’Union syndicale lycéenne (USL), qui va bien au-delà d’un simple appel à manifester.
Le texte explique comment constituer un groupe, arriver avant l’ouverture du lycée, utiliser des poubelles ou des barrières pour empêcher l’accès, filmer l’action puis se préparer à une éventuelle intervention policière. La dernière partie donne même des conseils concernant la dissimulation du visage, les contrôles d’identité et la garde à vue.
Le tout est accompagné d’un slogan particulièrement offensif : « Macron nous fait la guerre et sa police aussi, mais on reste déter pour bloquer le pays ! »

Des poubelles et des barrières pour bloquer les établissements
Le document, publié sous le titre Comment bloquer son lycée ou son université en 5 étapes, assume pleinement son objectif. Dès les premières lignes, l’Union Étudiante explique vouloir montrer comment « bloquer simplement son lycée ou son université ».
La première étape consiste à réunir suffisamment de participants et à créer un groupe dont les membres doivent être disponibles dès 6h30 le lendemain. La deuxième recommande de préparer pancartes, enceinte, mégaphone et slogans.
La troisième étape change nettement de registre. Il ne s’agit plus seulement de préparer une manifestation ou d’afficher des revendications. Le guide recommande d’arriver avant l’ouverture afin d’avoir le temps de récupérer « poubelles, barrières etc. » et de les installer devant l’établissement pour en empêcher l’accès.
Une méthode très concrète pour organiser une entrave physique à l’entrée des lycées et universités, alors même que plusieurs blocages ont déjà dégénéré ces derniers jours. Le mouvement lycéen a en effet été marqué par des centaines d’interpellations et de nombreuses violences autour de certains établissements.
« Macron nous fait la guerre et sa police aussi »
Le vocabulaire choisi installe directement la mobilisation dans un rapport de confrontation avec les forces de l’ordre. Parmi les slogans proposés figure cette phrase : « Macron nous fait la guerre et sa police aussi, mais on reste déter pour bloquer le pays ! »
La police n’est donc pas uniquement présentée comme susceptible d’intervenir lors d’un blocage. Elle est directement intégrée au discours militant comme l’un des adversaires du mouvement. Présenter aux lycéens, dont beaucoup sont mineurs, une mobilisation en termes de « guerre » avec la police, tout en leur expliquant parallèlement comment dresser des obstacles devant leur établissement et comment réagir en cas d’interpellation, nourrit incontestablement une logique de confrontation.
Tout filmer pour amplifier les blocages
La quatrième étape porte sur la médiatisation du mouvement. Son intitulé est sans ambiguïté : « Filmer absolument tout et les partager. » Les participants sont invités à enregistrer les blocages, diffuser les vidéos sur les réseaux sociaux et transmettre les images à l’Union Étudiante afin que l’organisation puisse les repartager.
Le but : montrer que la mobilisation « s’étend partout en France ». L’action locale devient ainsi un élément d’une stratégie nationale : organiser le blocage, montrer les images et encourager sa reproduction dans d’autres établissements.
Une étape entière pour « faire face à la répression »
La cinquième étape est probablement la plus révélatrice du ton général du document. Elle est intitulée « Faire face à la répression ». Le guide conseille d’abord de filmer les interventions policières afin, selon ses propres termes, de « montrer les violences policières ». Il explique ensuite que dissimuler son visage ne conduit pas nécessairement à une garde à vue, même si cela peut entraîner une amende, notamment lorsque cette dissimulation n’est pas justifiée.
Les participants trouvent ensuite des recommandations concernant les fouilles, les contrôles d’identité et la garde à vue : garder le silence, demander un avocat et réclamer une visite médicale. Informer un manifestant de ses droits n’a évidemment rien d’illégal. Mais la construction même du document interroge : avant même que l’action ne commence, des lycéens sont invités à préparer matériellement un blocage, à envisager la dissimulation de leur visage puis à anticiper les conséquences d’une interpellation.
Autrement dit, l’éventualité d’une confrontation avec les forces de l’ordre et d’un passage au commissariat est intégrée directement au mode d’emploi.
Un guide diffusé en pleine montée des violences
Le moment choisi rend cette publication d’autant plus sensible. Mercredi, 625 personnes ont été interpellées lors des actions devant les lycées. Laurent Nuñez a également fait état de 83 policiers et gendarmes blessés au cours de cette seule journée et de violences commises devant certains établissements. Le ministère de l’Éducation nationale recensait parallèlement 119 élèves et personnels blessés depuis le début de cette phase de mobilisation.
C’est dans cette situation extrêmement tendue que l’Union Étudiante publie un document expliquant comment multiplier les blocages, installer des poubelles et des barrières devant les établissements, désigner la police dans un slogan comme participant à une « guerre » contre les lycéens et se préparer à une éventuelle garde à vue.
Dans leur appel commun, l’Union Étudiante et l’USL revendiquent d’ailleurs ouvertement la poursuite des blocages et appellent les élèves et étudiants à « bloquons et reprenons les facs et les lycées ».
Le droit de manifester ne justifie pas tous les moyens
Les revendications portées par les lycéens sur les effectifs, le manque de professeurs ou les conditions d’études peuvent parfaitement être exprimées dans le cadre d’une mobilisation. Le débat porte ici sur les méthodes promues pour les faire entendre.
Un syndicat peut informer ses adhérents de leurs droits en manifestation ou en garde à vue. La question devient plus délicate lorsqu’un document destiné notamment à des mineurs combine ces conseils avec des instructions matérielles pour bloquer physiquement un établissement et une rhétorique présentant les forces de l’ordre comme engagées dans une « guerre » contre eux. Cette frontière mérite d’autant plus d’être interrogée que la mobilisation lycéenne donne déjà lieu à de graves incidents.
Si le guide ne contient aucune consigne demandant de brûler des poubelles, de dégrader un lycée, de lancer des projectiles ou de s’en prendre physiquement aux policiers, il contribue évidemment à normaliser une conception du blocage où obstacles matériels, confrontation avec la police et anticipation de la garde à vue font partie des étapes à envisager avant même le début de l’action.
À force de présenter les forces de l’ordre comme engagées dans une « guerre » contre les jeunes et de transformer le blocage en procédure presque méthodique, l’USL et l’Union Étudiante prennent le risque de brouiller la frontière entre mobilisation syndicale, obstruction organisée et confrontation avec la police. Une stratégie d’autant plus contestable qu’elle s’adresse en partie à des mineurs souvent très influençables…






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