La rédaction et les syndicats du Parisien ont adressé mardi une lettre ouverte à Bernard Arnault, propriétaire du quotidien via LVMH, pour lui demander de renoncer à une éventuelle cession à Vincent Bolloré. Ils évoquent une « catastrophe » pour la pluralité de l’information, en référence aux transformations éditoriales déjà opérées au Journal du Dimanche ou à CNews.
Le Parisien traverse une période délicate, marquée par un plan de réorganisation prévoyant la suppression de quarante postes et un déficit estimé à plus de 30 millions d’euros en 2024. Les journalistes redoutent que l’arrivée de Vincent Bolloré, déjà présent dans de nombreux médias, ne transforme l’identité d’un titre né en 1944 à la Libération de Paris. « Vendre cet héritage éditorial au groupe Bolloré reviendrait à livrer à une idéologie militante », écrivent-ils dans leur courrier.
Un projet encore incertain
Selon plusieurs sources, Bernard Arnault aurait échangé à plusieurs reprises avec Vincent Bolloré, notamment cet été à Saint-Tropez. Le groupe LVMH, qui détient également Les Échos, Radio Classique et Paris Match, n’a pas confirmé ces informations. L’homme d’affaires breton n’a jamais caché son intérêt pour la presse écrite, qu’il considère comme un levier d’influence majeur.
En interne, certains observateurs rappellent que l’arrivée de Vincent Bolloré, loin d’être seulement idéologique, pourrait surtout offrir un nouveau souffle économique à un quotidien en grande difficulté financière. Le modèle déployé autour de Canal+ et Prisma Media a démontré une réelle capacité de restructuration et de valorisation de titres déficitaires.
Alors que la Société des journalistes et les syndicats SNJ et CGT s’alarment d’un « scénario JDD », d’autres estiment que la perspective d’un rachat pourrait garantir au Parisien un avenir pérenne dans un paysage médiatique en pleine concentration. À l’Élysée, le dossier est suivi de près, à moins de deux ans de l’élection présidentielle de 2027.