KIGALI — Le Rwanda a confirmé être en pourparlers avec l’administration Trump au sujet d’un accord pour accueillir sur son territoire des migrants expulsés des États-Unis, dans le cadre d’une politique migratoire américaine qui cherche à élargir l’option du « pays tiers » pour les expulsions. Cette initiative, qui rappelle un précédent accord avorté avec le Royaume-Uni, pourrait marquer une nouvelle étape dans la coopération controversée entre Kigali et les pays occidentaux en matière de gestion des flux migratoires.
Le ministre rwandais des Affaires étrangères, Olivier Nduhungirehe, a déclaré à l’Associated Press que les discussions avec Washington étaient en cours mais encore à un stade préliminaire. Il n’a pas précisé les modalités d’un éventuel accord, tout en affirmant que cette initiative s’inscrivait dans l’engagement « de longue date » du Rwanda à proposer des « solutions migratoires ». Le Département d’État américain a refusé de commenter directement les négociations, tout en soulignant que le dialogue avec des pays partenaires faisait partie intégrante de sa politique visant à dissuader la migration illégale.
Des informations relayées par les médias locaux au Rwanda suggèrent que les États-Unis pourraient financer un programme permettant l’intégration des migrants, avec notamment des aides financières et une assistance à l’emploi. Le Rwanda, bien que densément peuplé, affirme être en mesure d’accueillir davantage de migrants, comme il l’a déjà fait avec des ressortissants expulsés de Libye dans le cadre d’un accord signé avec l’ONU.
Le projet rappelle l’accord signé en 2022 entre le Royaume-Uni et le Rwanda, prévoyant l’envoi à Kigali de migrants arrivés clandestinement sur le sol britannique. Ce plan, très critiqué pour son éthique et son efficacité, n’a jamais été mis en œuvre, bloqué par des recours juridiques et abandonné en 2024 après l’arrivée au pouvoir du Parti travailliste. Le nouveau ministre de l’Intérieur britannique avait qualifié le projet de « gaspillage choquant de l’argent public », chiffrant son coût à 700 millions de livres sterling (904 millions de dollars).
Les défenseurs des droits humains restent très critiques à l’égard du Rwanda. Ils dénoncent des disparitions, des assassinats présumés d’opposants, y compris à l’étranger, ainsi que des détentions arbitraires. Le cas d’un résident américain kidnappé à Dubaï puis transféré à Kigali avait suscité un tollé, avant sa libération sous pression de l’administration Biden.
En outre, Kigali est pointé du doigt pour son soutien présumé aux rebelles du M23 dans l’est de la République démocratique du Congo, région riche en minerais et en proie à de nouveaux affrontements. Alors que plusieurs pays occidentaux ont suspendu leur aide, un accord avec Washington sur les expulsions pourrait servir à redorer l’image du régime de Paul Kagame.
Reste à savoir si les termes proposés aux États-Unis s’aligneront sur ceux des accords précédents, comme celui avec l’ONU, qui prévoyait un accueil temporaire et un soutien à la réinstallation. Aucun détail précis n’a encore été communiqué.