WASHINGTON — Les États-Unis ont officiellement accepté un Boeing 747-8 luxueusement aménagé, offert par le Qatar, pour remplacer l’actuel Air Force One, suscitant une vive polémique à Washington. Le Pentagone a annoncé mercredi que l’avion serait confié à l’armée de l’air américaine, chargée d’évaluer et de mettre en œuvre les modifications nécessaires pour répondre aux exigences strictes de sécurité présidentielle.
Le président Donald Trump, visiblement satisfait de ce qu’il considère comme un coup de maître logistique et diplomatique, a affirmé qu’il aurait été « stupide » de refuser un tel cadeau. Le jet, âgé de 13 ans et autrefois utilisé par la famille royale qatarie, est doté d’un intérieur somptueux mais devra faire l’objet de coûteuses modifications techniques pour en faire un appareil présidentiel digne de ce nom.
L’annonce a provoqué une onde de choc parmi les responsables démocrates et les experts juridiques. Chuck Schumer, chef de la majorité démocrate au Sénat, a dénoncé ce qu’il qualifie de « plus gros pot-de-vin jamais accepté par un président américain », ajoutant que cette décision portait atteinte à l’intégrité de la fonction présidentielle. Selon les lois américaines, les cadeaux d’États étrangers sont soumis à de strictes restrictions afin d’éviter toute tentative d’influence ou de corruption.
Le Pentagone s’est abstenu de divulguer le coût estimé de la modernisation de l’appareil, mais plusieurs sénateurs démocrates, dont Mazie Hirono et Tammy Duckworth, estiment que la facture pourrait dépasser le milliard de dollars. Des systèmes de communication sécurisée, des contre-mesures anti-missiles, et des améliorations structurelles seront nécessaires pour faire du 747 qatari un avion présidentiel apte à assurer la sécurité du chef d’État.
La décision de Trump intervient alors que deux avions Air Force One neufs sont déjà en construction, dans le cadre d’un programme confié à Boeing et dont le coût a déjà dépassé les 5 milliards de dollars. Leur livraison est attendue pour 2027, avec trois ans de retard. En parallèle, Reuters a rapporté que l’entreprise L3Harris Technologies a été sollicitée pour travailler sur la conversion du jet qatari, actuellement stationné à San Antonio, au Texas.
Le Qatar a de son côté minimisé les critiques, évoquant un « geste d’amitié », tandis que les opposants y voient une manœuvre diplomatique lourde de conséquences. Le projet soulève également des interrogations sur l’utilisation potentielle de fonds publics pour adapter un don étranger, au moment où la dette américaine s’élève à plus de 36 000 milliards de dollars.
Alors que l’appareil pourrait n’être utilisé qu’en territoire américain sans les améliorations nécessaires, l’opposition démocrate continue de dénoncer une dérive éthique et institutionnelle inédite. Le débat est désormais lancé au Congrès, où certains appellent à bloquer ou encadrer légalement ce type de transactions à l’avenir.