Rétrocession des îles Chagos : un accord historique entre Londres et Port-Louis, mais l’incertitude persiste pour les exilés
Rétrocession des îles Chagos : un accord historique entre Londres et Port-Louis, mais l’incertitude persiste pour les exilés

Le Royaume-Uni et l’île Maurice ont conclu jeudi un accord majeur sur le transfert de souveraineté des îles Chagos, archipel stratégique de l’océan Indien longtemps disputé. L’accord met fin à des décennies de contentieux diplomatique et juridique, mais maintient sous contrôle britannique l’île principale, Diego Garcia, qui abrite une base militaire américaine cruciale.

Signé après la levée d’une injonction judiciaire de dernière minute, le traité prévoit la rétrocession de l’archipel — à l’exception de Diego Garcia — à Maurice. En contrepartie, Londres versera 101 millions de livres sterling (environ 136 millions d’euros) par an à l’île Maurice pour continuer à exploiter la base militaire pendant au moins 99 ans. Le texte doit encore être ratifié par le Parlement britannique.

Les négociations avaient débuté en 2022, mais plusieurs obstacles ont retardé l’accord, dont un changement de gouvernement à Maurice et l’attente du feu vert de l’administration Trump. Le nouveau Premier ministre mauricien, Navin Ramgoolam, avait remis en cause l’accord initial, qualifié de « bradage », avant d’accepter les termes financiers révisés proposés par Londres.

Les îles Chagos, placées sous souveraineté britannique depuis 1814, ont été détachées de Maurice en 1965, trois ans avant son indépendance. Dans les années 1960 et 1970, environ 2 000 habitants chagossiens ont été expulsés pour permettre l’installation de la base américaine sur Diego Garcia, un acte qualifié de « crime contre l’humanité » par Human Rights Watch. Ni les Nations Unies ni la Cour internationale de justice ne reconnaissent la souveraineté britannique sur l’archipel.

La base militaire, utilisée pour des opérations militaires américaines du Vietnam à l’Afghanistan, est considérée comme un pilier essentiel de la présence stratégique des États-Unis dans la région. Washington a récemment déployé des bombardiers B-2 à Diego Garcia dans le cadre d’une campagne contre les rebelles Houthis au Yémen.

Mais pour les milliers de Chagossiens déplacés, aujourd’hui installés au Royaume-Uni, à Maurice ou aux Seychelles, l’accord ne règle pas tout. Deux femmes, Bernadette Dugasse et Bertrice Pompe, ont contesté l’accord en justice, craignant que le transfert de souveraineté ne complique encore davantage un hypothétique retour sur leurs terres. Le projet prévoit un fonds de réinstallation, mais ses modalités concrètes restent floues.

Alors que Londres se félicite d’un accord “historique” et que Port-Louis y voit une victoire diplomatique attendue depuis des décennies, les exilés chagossiens, eux, attendent toujours des réponses sur leur droit au retour.

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